Adrian Ghenie à la Fondation Cini de Venise

Pour cette exposition, la Galerie Cini et l’histoire vénitienne ont inspiré Adrian Ghenie, peintre roumain le plus apprécié de sa génération. La Fondation lui consacre sa première exposition personnelle en Italie. Le peintre arrive dans la péninsule italienne après avoir eu des expositions collectives et individuelles en Europe et aux Etats-Unis qui lui ont valu une reconnaissance internationale. 

L’exposition est intitulée The Battle between Carnival and Feast. Le titre s’inspire d’une peinture The Battle between Carnival and Lent du peintre hollandais Pieter Bruegel l’Ancien et suggère ainsi l’attention portée à la tradition par Adrian Ghenie. Dans un dialogue inédit avec les espaces et l’histoire de la fondation-maison-musée, Ghenie propose un cycle de neuf toiles de grand format, inspirés par l’histoire vénitienne et liés à des thèmes de l’actualité. 

Dans son œuvre, Adrian Ghenie réunit des souvenirs personnels et des traumatismes collectifs passés et actuels. Ses œuvres font référence à l’histoire de la peinture et proposent aussi une réflexion sur l’acte de « peindre le cours de l’histoire » et les personnages qui en ont été les acteurs. La peinture comme moyen d’expression est toujours au centre de la réflexion de Ghenie, dont les tableaux, fondent les thèmes de la peinture historique avec les figures du monde actuel. Il en résulte une oeuvre moins concentrée sur le sujet mais plus sur la peinture comme acte en soi. Les scènes qu’il peint ne sont pas là uniquement pour mettre en scène des personnages tels que Hitler, Lénine, Darwin ou Trump mais servent, à celui qui les contemple, à entrer dans le drame de notre histoire commune. 

The Battle Between Carnival and Feast présente des œuvres récentes, certaines ont été peintes exclusivement pour cette exposition. D’un côté, ces tableaux rappellent le glorieux passé maritime de Venise et de l’autre, le conflit et les tumultes causés par les questions de géopolitique actuelle. Le thème de l’eau unit ces œuvres peintes dans une palette marine de verts sombres, de bleus intenses et de gris changeants.

« Encore une fois, les espaces de la Fondation Cini, pour l’occasion de la 58eme Biennale d’Art de Venise, confirment leur capacité à jeter un regard instantané sur la création contemporaine, en présentant au public, un extrait des résultats de la recherche dans le domaine de la peinture » commente Luca Massimo Barbero, Directeur de l’Institut d’histoire de l’art de la Fondation Cini et commissaire du cycle des expositions, qui depuis 2015 anime le deuxième étage de la Fondation. Il ajoute : « la peinture se révèle encore extrêmement vitale et capable d’exprimer la grande complexité de notre temps, dans le travail de Ghenie, la peinture est un instrument de synthèse puissant pour parler d’actualité et d’histoire, de beauté et de grotesque. »

Vue de l’exposition « Adrian Ghenie – The Battle Between Carnival and Feast », Palazzo Cini, 2019. Photo: Matteo De Tina

The Raft, la peinture principale de l’exposition, est une immense composition néobaroque qui représente un radeau surmonté par une masse vulnérable de pieds et de jambes nus qui se détachent d’un ciel et d’une mer en tempête. Le tableau rappelle les images désastreuses transmises par les médias actuels qui montrent les traversées pleines de danger que les réfugiés sont obligés d’entreprendre pour fuir les zones de conflit. L’oeuvre peut aussi être interprétée comme une version contemporaine du Radeau de la Méduse (1818-1819) de Théodore Géricault, peintre romantique français, qui dépeint les survivants du naufrage de la frégate Méduse, accrochés à un radeau après que leur embarcation s’échouait en 1816.

Vue de l’exposition « Adrian Ghenie – The Battle Between Carnival and Feast », Palazzo Cini, 2019. Photo: Matteo De Tina 

Une autre grande peinture horizontale, The Drowning, la plus cinématographique du parcours d’exposition, rappelle un énorme aquarium, mais si on la regarde plus attentivement, on verra un corps partiellement décomposé qui flotte sur le dos d’un poisson tropical et sur des algues luxuriantes. Encore une fois, notre mémoire voit surgir les images dramatiques de cette mer Méditerranée qui « conserve dans ses abysses les corps, que nos yeux, nos gouvernements, notre conscience, font semblant de ne pas voir. » commente Luca Massimo Barbero.

Adrian Ghenie, Figure with Dog, 2019, Oil on canvas, 
250 x 200 cm. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © Adrian Ghenie

Figure with Dog est au contraire dominé par une figure semi-nue, placée debout à côté d’un chien accroupi et pétrifié. Moitié femme, moitié monstre, l’énorme masse tordue de chair et de cheveux, nous kidnappe. L’artiste nous propose une vision d’un portrait difficile à déchiffrer. Il laisse planer le doute d’une figure humaine peut-être pour en questionner l’humanité. 

Vue de l’exposition « Adrian Ghenie – The Battle Between Carnival and Feast », Palazzo Cini, 2019. Photo: Matteo De Tina

Trois peintures de plus petites dimensions illustrent ensuite l’intérêt de l’artiste pour la décomposition du genre du portrait. Dans ces œuvres, Ghenie interprète le visage comme si il était un paysage, dont les détails sont effacés et font allusion à l’anatomie sous-jacente sans la peindre. Au centre de l’œuvre de Ghenie, il y a son attraction pour la singularité humaine à rendre anthropomorphe les signes et les symboles abstraits, afin d’interpréter une figure sans visage dans un portrait dont le sujet devient enfin reconnaissable. 

Adrian Ghenie, Untitled, 2019, Oil on canvas , 45x45cm © Laetitia Florescu

En 2015, le projet Darwin Room, présenté par Ghenie au Pavillon roumain de la 56eme édition de la Biennale d’Art de Venise, mettait en lumière un univers pictural complexe. Lorand Hegyi écrivait dans le catalogue de l’exposition : « les peintures d’Adrian Ghenie se présentent comme un théâtre géant, une scène spécialement profonde, semi-obscure, inscrutable et densément peuplée, ravivée par des effets de lumière incroyables (…). Sa peinture est sensuelle et immédiate, vive, suggestive et dynamique tout en étant simultanément très structurée et balancée ».  

Actuellement l’installation The Darwin Room (2013-2014) est exposée au Centre Pompidou à Paris, jusqu’en décembre 2020. La première de ses installations, intitulée The Dada Room datant de 2010, fait désormais partie de la collection permanente du Stedelijk Museum voor Actuele Kunst (S.M.A.K) de Gent en Belgique. 

L’exposition présentée à la Fondation Cini est réalisée en collaboration avec la Galerie Thaddaeus Ropac.

L’exposition est à voir jusqu’au 18 novembre 2019. 

Adrian Ghenie – The Battle Between Carnival and Feast
Palazzo Cini

Campo San Vio, Dorsoduro 864 Venezia
www.palazzocini.it

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