Ai Weiwei investit le Mucem

Le Mucem de Marseille présente une exposition consacrée à l’artiste chinois Ai Weiwei. A la fois photographe, architecte, sculpteur, performeur, éditeur, cinéaste et activiste sur les réseaux sociaux, l’œuvre de Ai Weiwei associe la pensée chinoise à l’art contemporain, en s’inspirant notamment d’artistes comme Marcel Duchamp et d’Andy Warhol. Ses créations mettent en scène des objets du quotidien qui, par le geste de transformation de l’artiste, deviennent des œuvres d’art.

L’oeuvre de Ai Weiwei est profondément rattachée à son histoire familiale mais aussi à l’histoire politique et culturelle de la Chine. Ai Weiwei est le fils du célèbre poète chinois Ai Qing (1910-1996), qui découvrit l’Occident en 1929 en débarquant à Marseille, à l’endroit-même où se situe aujourd’hui le Mucem. L’exposition propose ainsi un voyage à travers le temps et l’œuvre de Ai Weiwei. A l’occasion de l’exposition, les oeuvres de l’artiste chinois ont été mises en parallèle à des objets des collections au Mucem. Ce dialogue nous invitent à questionner des concepts opposés comme “Orient” et “Occident”, “original” et “reproduction”, “art” et “artisanat”, “destruction” et “conservation”.

L’exposition s’ouvre sur l’oeuvre intitulée Colored House. Cette oeuvre témoignage d’une Chine traditionnelle en voie de disparition. La structure en bois, qui provient de la province de Zhejiang, remonte au début de la dynastie Qing (1644-1912). Laissant la place au développement urbain, la plupart de ces structures ont disparu de Chine. Pour l’exposition, la maison est posée sur des socles en cristal et recouverte d’une peinture industrielle contemporaine aux couleurs vives. L’ancien est ainsi recouvert par le nouveau.

Ai_Weiwei_scnographie_Cecile_Degos_juin_2018_Mucem__Francois_Deladerriere(2).jpgAi Weiwei Colored House 2015 et Savon avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et avec la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791, 2018 © Francois Deladerriere, Mucem

IMG_5047.JPGGuanxiong Guo, 2015, Bambou et soie, Neugerriemschneider, Berlin, vue de l’exposition Ai Weiwei Fan-Tan, Mucem, Marseille, Arteez 2018

Spécialement pour l’exposition, Ai Weiwei a conçu deux versions monumentales des savons de Marseille, fabriqués dans les règles de l’art marseillais. Sont gravés sur ces oeuvres, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791. L’utilisation du savon comme support de ces déclarations est symbolique car ces écrits peuvent s’effacer avec l’usage.

IMG_5057.JPGSavon de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, 2018, réalisés par les ateliers Sud Side et la manufacture Marius Fabre, vue de l’exposition Ai Weiwei Fan-Tan, Mucem, Marseille, Arteez 2018

Dans l’esprit du “ready-made”, Ai Weiwei reprend l’une des pièces emblématiques de Marcel Duchamp : le Porte-bouteilles de 1914. Sur cette structure monumentale, il a suspendu 61 lustres anciens. Cette pièce inédite est la dernière de la série des chandeliers d’Ai Weiwei qui constituent une sorte de superlatif du clinquant fréquent dans les lieux de luxe de la société chinoise actuelle.

IMG_5087.jpgPorte-bouteilles illuminé, 2018, Acier et lustres anciens, Ai Weiwei, Berlin, vue de l’exposition Ai Weiwei Fan-Tan, Mucem, Marseille, Arteez 2018

Pour évoquer l’histoire des relations franco-chinoises au tournant des XIXe et XXe siècles, Ai Weiwei a conçu l’œuvre Circle of Animals : il s’agit de la copie d’une série de douze sculptures d’animaux illustrant les signes du zodiaque chinois, qui étaient disposées dans une résidence de l’empereur de Chine. Au cours de la seconde guerre de l’opium, en 1860, lors du sac du Palais d’été, elles ont été emportées par les troupes occidentales. Ici, Ai Weiwei pointe du doigt un sujet polémique international : en 2009, la mise en vente de deux de ces têtes, qui faisaient alors partie de la collection Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Elles ont depuis été offertes par le groupe Kering à l’État chinois. Cette pièce interroge le visiteur sur la pratique de la copie mais aussi la célébration des faits historiques, la spoliation et la nature du droit de propriété.

IMG_5088.jpgCercle d’animaux, 2011, Bronze, patine dorée et supports en bois, Ai Weiwei, Berlin, vue de l’exposition Ai Weiwei Fan-Tan, Mucem, Marseille, Arteez 2018

Les oeuvres de Ai Weiwei sont de plus en plus surprenantes, innovantes et politiques. Ses sujets sont ironiques ou tragiques et souvent controversés. Les autorités chinoises viennent d’ordonner la destruction de son principal atelier de Pékin, sans préavis, trois ans après son départ de Chine. L’artiste, qui vit désormais à Berlin, a posté de nombreuses photos et vidéos de cette destruction sur son compte Instagram (@aiww).

Autre actualité de l’artiste, son film documentaire Human Flow qui rend compte de l’ampleur catastrophique de la crise des migrants, notamment en Méditerranée. Retrouvez la bande-annonce en cliquant ici.

L’exposition Ai Weiwei Fan-Tan est à voir jusqu’au 12 novembre 2018.

IMG_5079.jpgLaisser tomber une urne de la dynastie Hun, 2016, Briques de Lego, Ai Weiwei, Berlin, et Vases colorés, 2016, Vases du néolithique (5000-3000 av.J.-C.) et peinture industrielle, Ai Weiwei, Berlin, vue de l’exposition Ai Weiwei Fan-Tan, Mucem, Marseille, Arteez 2018

Mucem_Ai_Weiwei_PO_0.jpgAi WeiWei 2017 © Judith Benhamou Huet, Mucem

Mucem, Marseille
Ai Weiwei Fan-Tan
Jusqu’au 12 novembre 2018

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