Daniel Orson Ybarra: Parcours d’un artiste citoyen du monde

L’artiste Daniel Orson Ybarra est un peintre nomade qui puise son inspiration dans l’environnement qui l’entoure. La nature, la lumière et l’eau sont les sujets de prédilection de ses oeuvres. Exposé à l’international dans des musées, foires d’art et diverses galeries, il partage sa vie et son travail entre Genève et Barcelone.

Né à Montevideo en 1957, il passe son enfance en Uruguay. Véritable citoyen du monde, ses origines sont slave et basque. Sa grand-mère, Anastassia, a joué un rôle important dans son enfance. Elle lui a notamment appris: “à cuisiner, à lire, à écrire, à dessiner et peindre, à rire et savoir pleurer”. Ybarra poursuit: “C’est elle que je dois remercier d’avoir su m’inculquer de manière ludique et avec beaucoup de tendresse l’amour des livres et des arts”.

Pour canaliser l’énergie de cet élève en avance sur son âge mais quelque peu dissipé, sa professeur d’histoire lui demande de dessiner les sujets antiques traités en cours comme la Grèce ou l’Egypte. “C’étaient des dessins à la mine de plomb et au fusain sur des bristols blancs de 100 x 70 cm”. A la fin de l’année, elle organisait une exposition regroupant ses oeuvres. Ce sera sa première exposition à l’âge de 14 ans. Pour Daniel Orson Ybarra, “exposer, c’est s’exposer” mais cela lui donne l’envie de poursuivre dans cette voie.

A l’âge de 18 ans, il décide d’aller découvrir le monde. Il part avec $ 150 en poche pour un voyage qui va finalement durer 8 ans. “En voyage, on a tous les sens ouverts. On est dans l’équilibre avec une montée d’adrenaline qui correspond à sa personnalité”.  Il fait des petits boulots, étudie, peint à ses heures, affectionne particulièrement la Scandinavie qui pour lui est exotique, apprend différentes langues, parle philosophie et littérature avec les étudiants qu’il rencontre. L’ouvrage The Catcher in the rye de J.D. Salinger aura une grande influence sur lui à cette époque.

A son retour en Uruguay, il cherche sa voie: littérature, Beaux-Arts, philosophie ou psychologie? Selon lui: “j’ai compris que je voulais étudier la philosophie pour mieux comprendre le monde et la psychologie pour mieux comprendre ma famille. La littérature parce que j’adore lire mais je ne me voyais pas devenir professeur. Enfin, la peinture, c’est ce que j’aimais et c’est ce qui était le plus adapté à mon style de vie nomade.”

Ybarra va commencer par travailler comme assistant auprès de plusieurs artistes dont Josep Grau-Garriga qui s’est fait connaitre dans les années 1970 pour son travail sur les textiles contemporains. Ybarra l’assistera sur la recherche des pigments. Ce travail aura vraisemblablement joué un rôle important pour ses futurs travaux sur la lumière et la couleur.

Artiste doué et prolifique, il fait référence à Picasso qui disait: le travail, c’est: “1 % d’inspiration, 99% de transpiration.” Au début de sa carrière, il s’inspire des oeuvres d’Antoni Tapies. Il passe de la figuration à sa propre abstraction, expérimente toutes les techniques de peinture et en créé des nouvelles. “Quand on est jeune, on se cherche mais l’important est de trouver son propre langage”.

Immobilisé à cause d’un problème de santé dans les années 2000, il profite de son jardin et de ce que la nature peut lui offrir. Durant cette période de réflexion, il commence à trouver son style. “Je réfléchissais sur les artistes qui me touchaient le plus. A ce moment-là, il y avait Monet et Rothko. Je me suis concentré sur les éléments qui constituaient mon jardin. J’ai commencé à travailler sur l’observation de la nature, de la lumière, du végétal en particulier. J’ai essayé d’aller dans le sens de l’image, dans sa vibration, dans cette raisonnance avec mon être. C’est comme si mon âme dialoguait avec l’âme de la nature.”

Dans les toiles de Ybarra, “il y a de l’eau et du végétal, il y a des mouvements de lumière, certains sont plus rudes et plus forts mais avec une tendresse sous-jacente. Cela peut être une rage mais avec de l’amour. Il y a un travail de branches, de feuilles, de gouttes, on ne sait pas si ce sont de fleurs, il y a des coulées qui rappellent l’eau et la pluie, des danses de pétales. On va à l’intérieur de l’observation de cette nature”.

Ses séries portent des noms évocateurs de cette nature qui l’entoure comme Mil Mesetas, Bosquejos, Semilleros and Germinaciones, Urban Jungle, Urban abstractions ou encore Constelaciones.

Ybarra travaille sur différents supports et explore toutes les techniques et matériaux qui sont à sa disposition. Il peint sur la toile, le verre, le plexiglas, le miroir, le papier et utilise l’huile, l’acrylique, la résine ou encore l’encre. Il lui arrive même d’échanger ses pinceaux pour des pommes de terre. Il travaille à la verticale ou à l’horizontale pour maîtriser les coulures et joue avec les effets de transparence. Il affectionne “le cercle, le double et le multiple, ainsi que la stratification d’images, les accumulations, le répétitif…” Il peint sur des petits ou des très grands formats pouvant aller jusqu’à 7m. Il travaille avec des architectes dans la conception et l’intégration d’oeuvres d’art dans leurs projets: peintures murales, installations, puits de lumière, que ce soit pour des espaces publics ou privés.

Son travail le passionne à en perdre la notion du temps. Il lui est arrivé de rêver de ses oeuvres finies alors qu’elles n’ont pas été commencées. “En me réveillant, je sais quel type de matériel, quelle texture utiliser”.

Depuis environ une année, Daniel Orson Ybarra est passé du végétal au thème de l’eau avec sa  nouvelle série Acqua. Cette série se place dans le prolongement de ses reflexions sur l’environnement. Il se pose la question sur l’engagement des artistes dans la société et cite comme exemple, l’artiste Ai Wei Wei avec son film “Human Flow”.  Il travaille avec l’organisation OceanCare qui s’occupe de la protection des océans et de la vie marine. “Il faut prendre conscience des choses, de la pollution plastique qui est ingérée par la faune marine mais aussi par l’être humain. Il faut informer, parler aux enfants, aux futures générations. Cela donne une autre dimension à mon travail.”

Comme l’explique Sandra Ludescher de OceanCare, “des engagements tels que l’aide de Daniel Orson Ybarra augmentent la portée de notre travail et contribue à ce que notre cause pénètre dans la conscience de différents cercles. L’art – sous quelque forme que ce soit – a la potentiel de toucher, de secouer, de choquer et d’inspirer la reflexion sur un public plus large. Les océans ont besoin d’une pensée sensible et critique et de personnes actives qui initient le changement en eux-mêmes et dans leur environnement. Et ils ont besoin de personnes productives qui utilisent leur talents pour inspirer les autres avec leur art pour attirer l’attention sur la menace à laquelle les oceans doivent faire face.”

Un projet sur l’eau sera présenté en 2019 à L’Arsenal lors de la prochaine Biennale de Venise. Cette installation aura pour objet d’explorer la problématique de la preservation de l’eau et de l’environnement aquatique.

Daniel Orson Ybarra est dans l’actualité avec l’exposition “Lightmotiv” à lEspace Nicolas Schilling et Galerie à Neuchâtel qui se tiendra du 14 avril au 27 mai 2018. Retrouvez le catalogue de l’exposition, en cliquant ici.

DanielYbarra2018_HD-19.JPGDaniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-12Daniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-9.JPGDaniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-33.JPGDaniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-3.JPGDaniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-39.JPGDaniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

DanielYbarra2018_HD-60.JPGPortrait de Daniel Orson Ybarra, photo © Nicolas Schopfer

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