Tendances actuelles de l’art contemporain vaudois

Un accrochage « à l’italienne » des acquisitions récentes de la collection d’art BCV est actuellement proposé dans l’Espace Projet du MCBA de Lausanne

Vue de l’exposition Unique et multiple. Œuvres récentes de la collection d’art BCV Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne – Espace Projet. Photo : Nora Rupp / MCBA

La collection d’art de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) qui a débuté en 1970 réunit aujourd’hui près de 2400 œuvres d’artistes vivant, ayant vécu ou travaillant dans le canton de Vaud. Axée sur la période contemporaine, la collection permet à la BCV de soutenir la création locale avec de nouvelles acquisitions chaque année depuis 50 ans. Les œuvres de la collection d’art BCV sont destinées à être exposées au sein de la Banque. Certaines sont également prêtées à des fondations ou lors d’expositions muséales.

La collection d’art BCV participe à l’émergence de futurs talents grâce à son positionnement proactif, car elle n’attend pas que les artistes bénéficient d’une notoriété pour les soutenir dans leur carrière. La Commission d’art suit avec attention le parcours de près de 240 artistes actifs.

Le Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne expose actuellement 25 artistes connus ou à découvrir qui ont été acquis au cours des dix dernières années par la BCV. Comme l’explique Catherine Othenin-Girard, conservatrice de la collection d’art de la BCV et commissaire de l’exposition : «On y retrouve différentes positions artistiques majeures, représentatives des tendances propres à la création actuelle. Le domaine de l’abstraction y est prédominant, décliné de diverses manières: géométrique, effets d’optique et de perception, trompe-l’œil, figuratif, nature morte, portrait, culture de la bande dessinée ou encore iconographie publicitaire.» 

Parmi les oeuvres abstraites selectionnées, le visiteur pourra admirer une oeuvre monumentale de Philippe Decrauzat. L’artiste est l’un des représentants des peintres dits néo-géo qui revisitent l’abstraction géométrique en Suisse romande avec John M Armleder, Francis Baudevin ou encore Stéphane Dafflon. Loop concentre l’ensemble de la recherche de Decrauzat, à savoir une palette chromatique limitée le plus souvent au noir et blanc et la répétition de bandes parallèles qui laisse le motif créer la composition à l’intérieur de ses limites.

PHILIPPE DECRAUZAT Loop, 2015
Acrylique sur toile, 214 × 243 cm Photo © Annik Wetter

Polarmeer de Silvie Defraoui est une autre pièce importante récemment acquise par la Banque. Cette oeuvre fait partie d’une série monumentale intitulée Faits et Gestes. L’artiste s’approprie une photographie de presse en noir et blanc qui illustre une «catastrophe naturelle», en l’occurrence la fonte des glaces liée au changement climatique. Sur ces «paysages dramatiques», elle ajoute des fleurs, comme ici des iris. L’artiste joue ainsi avec le contraste entre une nature dévastée et une nature magnifiée.

SILVIE DEFRAOUI
Polarmeer, de la série Faits et Gestes, 2014 Impression jet d’encre sur papier Hah- nemühle, éd. 1/3,
279 × 132 cm, (chaque élément)
Photo © Georg Rehsteiner

Une autre oeuvre de Alain Huck ne devrait pas laisser le visiteur indifférent. A travers sa pratique, l’artiste questionne la notion de déperdition du sens. Il aborde des thèmes comme la difficile cohabitation de la pensée et du corps, l’incommunicabilité entre les êtres ou encore la responsabilité politique et historique. Chrysanthemum I fait partie de la série Hanabi qui signifie «feu d’artifice» en japonais. La fleur de chrysanthème symbolise l’harmonie et l’épanouissement dans la tradition nippone, mais, dans cette composition, elle évoque la funeste iconographie du champignon atomique. Une dualité qui permet de multiples interprétations.

ALAIN HUCK
Chrysanthemum I, de la série Hanabi, 2013
Fusain sur papier, 210 × 152 cm Photo © David Gagnebin-De Bons

Pour finir sur une note plus légère, l’huile sur toile hyperréaliste Zig zag zoug de Vincent Kohler. L’artiste se « laisse séduire par l’esthétique populaire et la spontanéité des choses ludiques qui réveillent toutes les richesses du mauvais goût« . Kohler s’approprie et réinterprète des objets issus du quotidien et les met en scène avec ironie et astuce, cherchant un effet de décalage qui impose une nouvelle lecture de l’«objet banal». 


VINCENT KOHLER
Zig Zag Zoug, 2011
Huile sur toile, 200 × 150 cm Photo © Geoffrey Cottenceau

«Unique et multiple. Œuvres récentes de la collection d’art BCV»
Espace Projet du MCBA, Lausanne
Du 24 septembre 2021 au 9 janvier 2022
www.mcba.ch

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