Entretien avec Anne Minazio – Hit Girl !

Entretien avec Anne Minazio – Hit Girl !

Artiste peintre, céramiste, galeriste, curatrice, éditrice, organisatrice d’évènements, rien n’arrête Anne Minazio, conceptrice de l’espace HIT.

Son sublime atelier à l’allure de friche industrielle new yorkaise situé dans le quartier coloré des Grottes à Genève, est devenu également un espace pluridisciplinaire dédié à l’art contemporain pouvant accueillir des artistes, des repas, des évènements ainsi que des conférences. Derrière ses lunettes et son air timide, se cache une artiste aux multiples facettes, généreuse, hyperactive au regard vif et curieux qui travaille sans cesse autour de concepts innovants et originaux. Une vraie bombe créative! Mélangeant peinture, installation, art culinaire, mode, design, architecture et défendant l’idée d’une abolition de la hiérarchie entre les disciplines, l’artiste genevoise s’inspire de l’Area Club, lieu culte à New York dans les années 90. La convivialité et l’esprit de fête font partie de son art.

Les artistes qu’elle invite interviennent deux fois par an sur la façade extérieure, un journal recouvrant des images d’archives des évènements et artistes passés est autoédité annuellement par Hit. Soutenu par Pro Helevtia, le FMAC et la Loterie romande, cet espace dynamique a été primé pour sa programmation en art contemporain du Canton de Genève FCAC en 2015, Bourse pour la médiation en art contemporain de la Ville de Genève en 2017, et sélectionné aux Swiss Art Awards « critique, édition, exposition » en 2017. Une de ses œuvres exposées à Art Genève 2018, où elle participe depuis deux ans, a été repérée par une commissaire new-yorkaise qui a décidé de l’exposer dans sa galerie outre-atlantique. Cette couverture créée en collaboration avec Cécile Krähenbühl vient donc de s’envoler pour New York. Un avenir prometteur pour cette hit girl suisse!

Quel a été ton parcours ?

Fascinée par la peinture américaine, j’ai choisi la section artistique au Collège, puis ai étudié la peinture aux Beaux-Arts malgré que ce ne soit plus à la mode dans les années 1990 où la photographie et vidéo prenaient essor. En même temps, j’ai toujours regardé la mode, le design, l’architecture… dans ma tête, cela a toujours fonctionné ensemble. Puis, en sortant des Beaux-Arts, j’ai eu mon atelier assez vite et là, j’étais dans une dynamique de faire et détruire. Je peignais dans mon atelier tous les jours, mais je ne montrais pas mon travail, je n’étais pas dans le monde de l’art et ne voulais pas accumuler les objets donc, j’ai beaucoup archivé mon travail et cela a duré plus de 10 ans !  C’est la relation au corps, je ne voulais pas que l’on me voie, donc même si j’avais une exposition, je ne me rendais pas au vernissage. Je me sentais instrumentalisée, mal à l’aise.

Quel a été le déclic pour créer cet espace Hit ?

Après avoir été invitée à une exposition collective, je me suis totalement remise en question. J’avais l’impression que je sortais de mon atelier et que mon travail ne résonnait plus avec le lieu autour de moi. Donc le premier déclic était de me dire que mon travail ne correspondait pas à mes envies ou à l’énergie stimulante que je recherchais. De retour à mon atelier, j’ai même pensé arrêter ma relation avec l’art. Finalement, je me suis demandé ce qui me plaisait vraiment et j’ai réalisé que j’aimais beaucoup les monochromes donc j’ai recommencé à peindre pleins de monochromes que j’accrochais aux murs blancs de l’atelier et soudainement j’ai eu l’impulsion de donner un coup de peinture sur les murs. C’est là que m’est venu l’idée du Wall Painting et, dans ces peintures, j‘ai commencé à utiliser des motifs de mode que je trouvais dans le design et l’architecture. Là, j’ai eu un second déclic en voyant la relation qui existaient entre ces Wall paintings et les monochromes. A nouveau excitée, j’ai eu une autre impulsion : celle de sortir de ma bulle et inviter des gens. C’est en voyant le lieu vivant que j’ai pensé à créer un espace de rencontres et d’art contemporain. En effet, une vie se créait et les gens me parlaient beaucoup du lieu, ils étaient très réactifs à l’endroit mais je n’avais pas encore conscience de la beauté de ce dernier. Le côté manufacture friche dans ce quartier des grottes rappelle New York. Du coup tout cela a tourné dans ma tête. Ma relation avec Pavel Sofer, mon compagnon depuis 17 ans, passionné d’architecture et cofondateur de Hit, m’a beaucoup inspirée et je lui ai dit que je vais ouvrir l’atelier, faire des repas, inviter des gens pour collaborer avec mon travail. En septembre 2013, nous avons donc ouvert HIT avec mon propre travail de peinture car je n’avais encore personne mais c’était aussi une réflexion sur ma démarche d’auto-activation qui passerait par la relation des travaux avec les autres. Cette relation avec les autres est fondamentale pour moi. Je ne me voyais pas comme un électron libre. Le thème de fête m’est également très cher même si je ne sors jamais, j’adore l’idée de fête donc j’ai sollicité des artistes pour créer un bar, des néons, même si l’idée est que HIT reste un lieu d’art avec un cadre qui se transforme et devient bar, salon, bibliothèque. Aujourd’hui, grâce à ce masque Hit, j’ai le contact beaucoup plus facile.

Tu as plusieurs casquettes : artiste peintre, céramiste, curatrice, organisatrice d’évènement, éditrice : laquelle préfères-tu ?

Au départ je voulais présenter le projet HIT comme un projet artistique même si c’était compliqué pour les demandes des subventions. J’ai donc d’abord créé un espace d’art qui s’est déployé tout naturellement en espace pour des évènements, des éditions, des céramiques. Les deux premières années, nous nous sommes autofinancés avec Pavel et mon idée d’édition était d’abord mon projet d’archivage. J’ai toujours été plongé dans des livres qui me faisaient rêver donc l’idée était de garder des images de tous ces évènements passés et pouvoir les regarder 10 ans plus tard et voir notre évolution. Le premier Journal est sorti en septembre 2013 à l’ouverture de Hit. Maintenant le Journal raconte les événements de l’année avec des archives photos et c’est devenu aussi une édition où j’invite des artistes à collaborer.

Parlons de l’aspect international de ton travail avec ta récente exposition à NYC !

Il y avait ce banc en marbre chez HIT où il fait souvent froid. Une personne m’a suggéré de créer des couvertures pour nous réchauffer. J’ai directement intégré cette idée et commencé à chercher un artiste dans la mode qui pourrait confectionner des couvertures. J’ai rencontré Cécile Krähenbühl qui finissait son Bachelor en mode, notre première collaboration a eu lieu en 2016 avec des photos de ses vêtements avec mes toiles édités dans le journal HIT du mois d’août 2015. C’est donc à elle que j’ai proposé de faire ces couvertures. Son idée était d’utiliser ces photos d’archivage de HIT sur les couvertures qui ont eu un succès incroyable en 2016. J’ai montré l’une des couvertures à Art Genève et Martin Widmer les repère et en expose 3 modèles au CAN à Neuchâtel en juillet 2017. Suite à cette exposition est sorti un article dans Art Review. Une curatrice new-yorkaise, Ramsay Kolber a repéré ces couvertures et m’a appelé pour exposer l’une d’elle dans le cadre d’une exposition collective avec une thématique très intéressante qui montrait le travail de jeunes artistes locaux. Elle a eu lieu à la galerie Lubov en février/mars 2018 et l’idée serait de collaborer cette année à nouveau avec cette galerie et curatrice new-yorkaise.

AM1Hit, Journal 2017

Façade AnaisDefagoFaçade Anais Défago © Hit

LucasOlivet1Wallpainting Marius Quiblier © Lucas Olivet

LucasOlivetBar Juliette Roduit © Lucas Olivet

potemkinbody_coverCécile Krähenbühl, Couverture #1, CÉRAMIQUES, 2016. Courtesy de l’artiste et HIT, Genève. Photographe © Lucas Olivet.

HIT 
Rue des Amis
1201 Genève

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