Gustave Caillebotte : Oeuvres choisies

La Fondation Pierre Gianadda de Martigny consacre sa dernière grande exposition au peintre impressionniste Gustave Caillebotte (1848-1894)

La Fondation Gianadda réunit 90 toiles du peintre Gustave Caillebotte, exécutées entre 1870 et 1894. Cette exposition, qui prend la forme d’une rétrospective, souligne l’audace et la dualité picturale de l’impressionniste parisien, disparu prématurément à l’âge de 45 ans.

Nous avons visité l’exposition en compagnie de Jean-Pierre Seurat, Expert en peintures et sculptures impressionnistes, qui nous présente deux peintures majeures de l’artiste : «Les raboteurs de parquet» et «Le pont de l’Europe».

Pouvez-vous nous parler du tableau majeur de l’exposition « Les raboteurs de parquet » (1875, Musée d’Orsay)?

Jean-Pierre Seurat (JPS) : Discret et altruiste, Gustave Caillebotte n’a que 27 ans lorsqu’il peint ce grand tableau. Refusé au Salon Officiel pour sa modernité, il sera présenté à l’exposition Impressionniste en 1876.

Caillebotte ne tiendra pas compte des critiques acerbes qui parlent de vulgarité pour le choix de ses sujets. Dans cette période de révolution industrielle, il veut transmettre l’image du monde ouvrier en plein effort. Ces hommes au torse nu rappellent les descriptions d’Emile Zola sur la pénibilité du travail.

Pour accuser la perspective, la prise de vue en surplomb donne au sol une apparence pentue et les bras des ouvriers semblent étirés. Le bas de la fenêtre laisse passer la lumière et l’effet de clair-obscur modèle les muscles des travailleurs courbés sur leurs tâches.

Ces jeux de lumière son obtenus avec une palette restreinte de tons gris et ocres.

Les raboteurs de parquet, 1875
Huile sur toile, dim. 102cm x 146.5cm
Paris, musée d’Orsay, don des héritiers de Gustave Caillebotte par l’intermédiaire d’Auguste Renoir, son exécuteur testamentaire, 1894
Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Par dérision et manquant d’arguments, un critique d’art a écrit à l’époque : «Pourquoi ces racleurs rabotent un parquet en bon état?». Il n’a pas compris que les raboteurs doivent mouiller le sol, ce qui donne cet aspect luisant et permet d’éviter que les lattes en bois ne se fendillent si elles étaient restées sèches. Les parties claires montrent le bois mis à nu après le passage du racloir.

Caillebotte a su observer le travail de ces ouvriers pendant les travaux effectués lors de la rénovation de l’hôtel particulier de la famille Caillebotte, rue de Miromesnil.

Pour la petite histoire, Gustave Caillebotte était fortuné et philanthrope : il fut aussi la providence de ses amis dans le besoin, achetant leurs œuvres les plus dédaignées en disant «personne n’en veut, je l’achète».

Autre oeuvre majeure du peintre impressionniste, «  Le pont de l’Europe » (1876, collection Oscar Ghez, Genève). En quoi ce tableau est-il important dans l’oeuvre de Caillebotte?

JPS : Caillebotte présente ici l’immense pont qui enjambe la gare St. Lazare construit d’après les plans du Baron Hausmann. Pour mieux observer le pont par tous les temps, il s’est fait construire un omnibus vitré. Ceci va lui permettre d’exécuter des études préparatoires et définir les meilleurs angles de cette composition complexe. Il recherche des points de vue originaux inspirés par la photographie naissante et le japonisme.

Dans cette oeuvre, tout est calculé avec une extrême précision afin d’accentuer la perspective fuyante : la structure métallique, la diagonale des croisillons de fer brut, la convergence des ligne de fuite, la position des personnages et du chien, la lumière dorée sur l’asphalte ainsi que les ombres violacées.

Dans ce couple élégant, le peintre s’est lui-même représenté en compagnie de son amie Madame Hagen.

Le Pont de l’Europe, 1876
Huile sur toile, dim. 125cm x 180cm
Association des Amis du Petit Palais, Genève © Rheinisches Bildarchiv Köln, Michel Albers

Je me souviens avec quelle émotion j’ai vu ce tableau pour la première fois présenté par Monsieur Oscar Ghez dans son beau musée du Petit Palais à Genève. J’espère que la description de ces deux grands tableaux vous donneront l’envie d’aller voir tous les autres tableaux de Caillebotte, qui mérite sa place parmi les grands impressionnistes. 

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Cette exposition majeure a pu être possible grâce aux prêts consentis par plusieurs musée européens: le Musée d’Orsay, Paris, le musée Marmottan Monet, Paris, le musée des Beaux-Arts, Rennes, le musée des Beaux-Arts, Rouen, le Petit Palais, Genève, la Fondation de l’Hermitage, Lausanne, le musée Van Gogh, Amsterdam, et le Museum Barberini, Potsdam ainsi que d’importantes collections privées européennes.

Gustave Caillebotte, impressionniste et moderne
Fondation Pierre Gianadda
Du 18 juin au 21 novembre 2021
www.gianadda.ch

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