Le pointilliste Georges Seurat s’invite à “la vente du siècle”

Parmi les chefs-d’oeuvre de l’Art Impressionniste et Moderne proposés lors de la vente aux enchères de la Collection de Peggy et David Rockefeller chez Christie’s New York le 8 mai 2018, nous avons demandé à un expert du peintre Georges Seurat de nous présenter en détail “La rade de Grandcamp” de Georges Seurat. Pourquoi ce tableau est-il majeur dans l’oeuvre du peintre pointilliste dont les toiles d’un tel format sont rares dans les ventes aux enchères?

Jean-Pierre Seurat, expert en peintres impressionnistes et post-impressionnistes, nous explique l’histoire de ce tableau. Durant l’été 1885, Georges Seurat interrompt son travail sur “La Grande Jatte” et part pour Grandcamp. Il a choisi ce petit port tranquille de la côte normande, proche de Port en Bessin, pour selon sa formule “se saouler d’air pur”. En quelques semaines, il peint douze petits panneaux et cinq toiles.

Dans cette composition géométrique de “La rade de Grandcamp”, il oppose la palissade et le petit mur au flamboiement des feuillages et “la lente procession des voiles triangulaires”, qui traverse la toile, décrite par Fénéon.

Pour suggérer davantage la mobilité des vagues, il rompt les touches allongées sur les eaux par une multitude de petits points verticaux.

“Devant le motif, raconte Signac, avant de poser une touche sur sa toile, Seurat regarde, compare, cligne des yeux sur les jeux de l’ombre et de la lumière, perçoit le contraste, distingue le reflet, joue longuement avec le couvercle de la boîte qui lui sert de palette, luttant avec la matière comme il lutte avec la nature, puis il pique sur les petits tas de ses couleurs disposés dans l’ordre du prisme les divers éléments colorés qui constituent la teinte destinée à exprimer au mieux le mystère qu’il a découvert. D’observation en exécution, de touche en touche, le tableau se couvre…”.

Dans ses tableaux de marines à Grandcamp, le pointillisme apparaît pour la première fois. Il met au point ses principes : paysage calme, division des couleurs, application de la loi des contrastes. Ses recherches portent sur la luminosité, la couleur et l’harmonie par le mélange optique des pigments purs.

“Peinture dorée”, dit Claude Roger Marx, “une vie extraordinaire fait vibrer ces paysages si calmes et simplement ordonnés, dont l’homme est absent, où les contrastes sont à la fois si vifs et si doux et si délicieux les passages. Un sentiment d’éternité monte d’eux.”

A son retour de Grandcamp, Seurat appliqua sa nouvelle technique pointilliste à son  tableau “Un dimanche après-midi à la Grande Jatte”.

Rendez-vous le 8 mai prochain pour les résultats de cette vente prestigieuse.

GEORGES SEURAT_GRANDCAMP.jpgLot 18, Georges Seurat (1859-1891), La rade de Grandcamp (Le port de Grandcamp), signed ‘Seurat’ (lower right), oil on canvas, 25 ¾ x 32 in. (65.4 x 81.2 cm.), Painted in summer 1885

Provenance
Estate of the artist
Ernestine Seurat, Paris (mother of the artist, by descent from the above, May 1891)
Emile Seurat, Paris (by descent from the above)
Josse and Gaston Bernheim, Paris (1904 and until at least 1925)
The Lefevre Gallery (Alex. Reid & Lefevre, Ltd)., London (by 1928)
M. Knoedler & Co., Inc., New York (acquired from the above, 1 January 1929)
Galerie Etienne Bignou, Paris (acquired from the above, 1 December 1934)
Grace “Ninette” Beatty, London (possibly acquired from the above, May 1936)
Sir Alfred Chester Beatty, Dublin (by descent from the above, 1952)
Paul Rosenberg & Co., New York (acquired from the above)
Acquired from the above by the late owners, April 1955

Estimate on request

The Collection of Peggy and David Rockefeller : 19th and 20th Century Art, Evening Sale
Christie’s, New York
Date de la vente: 8 mai 2018


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