Rencontre avec Hadrien Dussoix

L’artiste Hadrien Dussoix nous ouvre les portes d’un de ses ateliers genevois pour nous faire découvrir ses derniers travaux. Cette rencontre est également l’occasion de revenir sur une carrière faite de recherches, d’expérimentations et de mixes artistiques en tous genres.

Né en 1975, Hadrien Dussoix fait ses études à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts et à la Haute Ecole Supérieure des Arts Appliqués de Genève. Diplôme en poche, il commence très tôt à faire des expositions solo ou de groupe et remporte de nombreux prix dont le Swiss Art Award, Basel, durant trois années consécutives.

Inspiré par l’architecture de la Renaissance, il se lance dans une série de grands formats représentant les intérieurs de cathédrales ou autres palais classiques en utilisant du spray aérosol. C’est pour lui un hommage à cette époque fastueuse, à la religion mais également à notre histoire occidentale.

Dans ses travaux, l’artiste aime prendre le contrepied de tout: “ce qui me plaisait dans cette série était de retravailler ces perspectives architecturales classiques avec du spray”. Rejouant ainsi avec les lignes et maitrisant parfaitement cet “outil de la rue”, il réussit à travailler le spray en 3D pour un résultat tout en profondeur.

ARTEEZ.jpgHadrien Dussoix, You may find yourself in a beautiful house, 230×170 cm, 2013, collection privée. Photographe : ©Sully Balmassière

Pour sa série sur les textes, l’artiste genevois travaille tout en finesse. Sur des petits formats, Dussoix utilise la laque synthétique sur un fond acrylique. Avec beaucoup de précision, il joue avec des mots, idéalement constitués de 4 lettres, pour former une phrase qui devra tenir sur 3 voir 4 lignes. Pour ces phrases tantôt poétiques, tantôt provocatrices, l’instant l’inspire.

IMG_6226.JPGVue des oeuvres “Textes” et sculptures dans l’atelier de Hadrien Dussoix ©Arteez 2018

Dans ses oeuvres “géométriques”, Dussoix joue avec l’idée du trompe-l’oeil. Intitulée Radical but classical, cette série transgresse la mouvance des peintures géométriques. Il n’y a pas de scotch autour de ses formes. Il le reproduit au pinceau pour donner l’impression que la toile est inachevée. Avec un certain coté nonchalant, il pose ainsi la question fondamentale de tout artiste à savoir: quand une oeuvre est-elle terminée?

ARTEEZGEO3-2.jpgHadrien Dussoix, Série Radical but classical, 2017, acrylic and oil on canvas ©Hadrien Dussoix

Pour une de ses séries récentes intitulée Tu danses et tu penses à moi, l’artiste joue sur les contrastes. Il recouvre ses fonds aux couleurs flashy d’une couche de latex noir qu’il va ensuite retirer pour dévoiler des personnages ou des phrases. L’impression première est que ces oeuvres sont imprimées ou sérigraphiées.

Pour l’artiste, ce travail est un clin d’oeil aux cartes à gratter qui amusent les enfants: “lorsqu’ils découvrent avec émerveillement les couleurs peintes dessous au préalable. Il y a un côté à la fois ludique assez brut et automatique mais aussi psychédélique. C’est à la fois très coloré et très dark”.

Avec cette série, Hadrien Dussoix tend vers un travail plus instinctif. Pour l’oeuvre, Hi, I need money for weed, il met en scène sa toile en laissant une casquette dans laquelle le visiteur est invité à participer à la demande de son personnage.

IMG_6231.JPG Hadrien Dussoix, Hi, I need money for weed,  2018 ©Arteez 2018

Pour ses derniers travaux, l’artiste réhabilite des meubles anciens en les habillant de ses toiles. Des fauteuils, sièges et autres bergères prennent ainsi des allures punk avec une finition parfaite réalisée par un tapissier (Atelier Schaefer père et fille). Ces pièces peuvent être la fois taguées, calligraphiées ou encore brodées.

Dussoix travaille sa toile comme un tableau en soi et utilise ainsi tous les moyens du peintre: il utilise ses doigts, le pinceau ou le rouleau, jette la peinture ou marche sur la toile ou encore appose des phrases dont le texte, bientôt découpé, deviendra abstrait. Pour finir, il choisit certains éléments de cette toile, les redécoupe et les positionne sur le meuble.

“Si il y a un fil rouge dans mon travail, c’est cette tension qui existe entre quelque chose d’esthétique et d’iconoclaste.” Est-ce une peinture, un meuble, une sculpture? L’artiste aime jouer avec ces frontières devenues floues. Chaque personne pourra ainsi choisir ce qu’elle souhaite faire de son objet.

All_we_ever_wanted_was_everythingHadrien Dussoix, All We Ever Wanted Was Everything, 2017, acrylic and embroidery on fabric. Collection privée ©Hadrien Dussoix

ARTEEZIMAGE2.jpgHadrien Dussoix, Vue de l’exposition Cats & Squares, BODY & SOUL, 2017, Genève, Collections privées ©Hadrien Dussoix

Pour Hadrien Dussoix, “la peinture que j’aime est la peinture expressive”. Il s’inspire d’autres peintres, qu’ils soient des icônes de l’art moderne comme Matisse et Miro ou d’artistes contemporains.  “Quand je suis dans la figuration, je pense beaucoup à Matisse. Quand je suis dans l’abstraction géométrique, je pense plus à Günther Förg ou Helmut Federle. Quand je suis dans le spray, je pense à Christopher Wool ou Otto Zitko. Mon dernier frisson est le travail de l’artiste Rose Wylie.”

Sa collection rêvée serait composée d’oeuvres d’artistes très différents mais qui nourrissent sa créativité comme Richard Prince, Günther Förg, Karen Kilimnik, Mary Heilmann, Andy Hope ou encore Martin Kippenberger. Dussoix a d’ailleurs exposé  en 2015 aux cotés de Kippenberger avec la galerie Andreas Binder, Munich.

Aujourd’hui, Hadrien Dussoix a trouvé “ses styles”. Ses oeuvres les plus récentes ont des liens avec ses séries précédentes. “Ce qui m’intéresse, c’est de travailler par séries. Ensuite, je les mixe ensemble comme pourrait le faire un DJ avec différents instuments ou différents sons”. L’artiste a d’ailleurs un lien particulier avec la musique qui l’inspire et l’accompagne dans son processus de création.

Dernièrement, Dussoix s’est lancé un nouveau défi: peindre des muraux pour pouvoir s’exprimer en très grand format. Il détourne ici les logos du football anglais pour créer des paysages et des champs de bataille aux allures médiévales. Une sorte de “Game of Throne” pictural. Ce travail traduit sa fascination et son amour du football mais est aussi une critique envers le “foot business”.

Ces 15 années d’expérimentation artistique constituent une richesse pour Hadrien Dussoix: “Je mixe les images en les détournant, les transgressant, les juxtaposant pour leur donner un nouveau sens. Que ce soit avec des mots, de l’abstraction ou de la figuration, je suis un artiste de synthèse”.

IMG_6248.JPGHadrien Dussoix dans son atelier ©Arteez 2018

Hadrien Dussoix

Représenté par:
Galerie Lange + Pult, Auvernier et Zürich, Switzerland
Galerie Andreas Binder, Munich, Germany
Projektraum Viktor Bucher, Austria 

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