Hans Hartung – Des éclairs dans le pinceau

Rétrospective de l’artiste Hans Hartung au Musée d’Art Moderne de Paris

Hans Hartung, Autoportrait, 1922, Huile sur carton marouflé sur toile, Exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ

« Quand à moi, je veux rester libre. D’esprit, de pensée et d’action. Ne pas me laisser enfermer, ni par les autres, ni par moi-même. … »

Hans Hartung

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente une rétrospective de l’œuvre de Hans Hartung (1904-1989), peintre français d’origine allemande. L’exposition intitulée Hans Hartung, la fabrique du geste porte un regard nouveau sur l’ensemble de l’œuvre de cet artiste majeur du XX ème siècle.

Hans Hartung fut l’un des plus grands représentants de l’art abstrait. Ses innovations formelles et techniques extrêmement libres des années 1920 en font le précurseur de nombreux mouvements d’avant-garde qui se développèrent dans la seconde moitié du XX ème siècle : la peinture informelle, gestuelle ou lyrique.

Doté d’une véritable vision artistique, Hans Hartung a débuté très jeune, en quête d’une abstraction gestuelle pure, libérée de toute contrainte symbolique ou esthétique. Il connaît le succès après une décennie douloureuse liée à la guerre, dans laquelle il est blessé et perd une jambe. A partir des années 1950, il reçoit un accueil critique très favorable et est rapidement considéré comme le chef de file de l’abstraction gestuelle. En 1960, il reçoit le Grand Prix International de peinture de la Biennale de Venise.

Le parcours de la rétrospective au Musée d’art moderne de Paris comprend environ 300 œuvres, provenant de collections publiques et particulières françaises et internationales dont la Fondation Hartung-Bergman et la Fondation Gandur pour l’Art.

L’exposition présente la grande diversité des supports, la richesse des expérimentations et des innovations techniques liés aux nouveaux outils de la peinture. Elle est conçue comme une succession de séquences chronologiques. 

La première séquence allant de 1904-1939, montre comment Hans Hartung pose les jalons d’une méthode de travail fondée sur la série ; c’est aussi dans la répétition que s’ancre la liberté de son geste. Ses compositions tendent à l’équilibre, jouant sur les interactions entre aplats colorés, fonds et signes graphiques. De cette période, ses toiles traduisent une force, une rigueur et une tension qui s’exprime par un vocabulaire plastique fait de grilles, de barreaux noirs et d’éléments calligraphiques.

Hans Hartung, T1936-11, 1936, Huile sur toile, Exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ

La deuxième séquence allant de 1940 à 1956, présente des œuvres se caractérisant par un agrandissement du format, un style calligraphique plus ample et un emploi accru du signe noir sur fond coloré.

La peinture ci-dessous datant de cette période, se caractérise par des lignes noires scandant l’espace d’un rythme saccadé sur un fond de bandes claires. Cette œuvre rappelle le vocabulaire graphique des dessins réalisés pendant la guerre. 

Hans Hartung, T1947-12, Huile sur toile, 146 x 96.9cm. Fondation Gandur pour l’Art, Genève   © ARTEEZ

L’année 1947 est celle où Hans Hartung s’inscrit dans la tendance nouvellement nommée de l’abstraction « lyrique », célébrée comme l’expression de la modernité et de la liberté de l’artiste. L’expression «abstraction lyrique» est employée pour désigner le contraire de l’abstraction géométrique ou constructiviste. Elle s’applique aux œuvres abstraites dont l’exécution fait appel à la vitesse et à la spontanéité comme vecteurs d’émotion le plus direct. Ainsi, la peinture de Hans Hartung transcrit une liberté totale du langage plastique, ce langage déjà présent dans ses premières œuvres, s’intensifiera dans les peintures d’après-guerre en y intégrant des outils nouveaux qui lui permettront d’aller encore plus loin dans ses recherches picturales.

Hans Hartung, T1949-22, 1949, Huile sur toile, Exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ

Toujours de cette période, les peintures dites des « palmes » sont des œuvres peintes sur de petits formats. Les centaines d’œuvres sur papier réalisées à l’encre jouent un rôle fondamental : grandes comme la main, elles constituent un laboratoire de forme, dont quelques-unes sont reportées sur toile.  

Diverses oeuvres sur papier de Hans Hartung, Exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ

La troisième séquence, qui parcourt les années 1957 à 1970, illustre la réalisation de quantité de pastels selon une gestualité rapide et nerveuse, annonciatrice des grattages des années 1960, décennie où l’artiste expérimente la pulvérisation avec des outils tels que l’aérosol, le spray ou un pistolet de carrossier à air comprimé. 

Hans Hartung, T1962-L21, L22, L23, 1962, Peinture vynilique sur toile, Exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ

La quatrième séquence présente les années 1971 à 1989 et montre comment Hans Hartung ose des associations de couleurs qui sont celles d’une époque marquée par l’esthétique pop. La production de l’année 1973 est considérable, avec 142 peintures, 591 œuvres sur papier et 121 estampes. A partir des années 1970, il procède à des changements radicaux dont témoigne l’œuvre ci-dessous. Dépassant les deux mètres de large, cette toile est peinte à l’acrylique. L’artiste a recours à de nouveaux outils comme les rouleaux, les pistolets à air comprimé et vaporisateurs. L’utilisation de ces nouveaux outils lui permettent de créer des atmosphères et formes spécifiques comme le croissant déjà présent dans ses peintures des années 1960. 

Hans Hartung, T1973-E12, 1973 Acrylique sur toile. 154 x 250 cm. Fondation Gandur pour l’Art, Genève © Fondation Gandur pour l’Art, Genève © ADAGP, Paris, 2019. Photo : Sandra Pointet

A la fin de sa vie, le peintre ne ralentit pas son rythme frénétique de production, malgré un accident cardiovasculaire. Il intensifie son geste dans une fureur de peindre qui s’exprime à travers de grands formats. En 1989, dernière année de sa vie, il peint plus de 300 œuvres avec une ferveur inépuisable. Il disait d’ailleurs « le plaisir de vivre se confond pour moi avec le plaisir de peindre. Quand on a consacré toute sa vie à la peinture, quand on a essayé d’aller toujours plus loin, il est impossible de s’arrêter ».

Vue de l’exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ
Vue de l’exposition Hans Hartung, la fabrique du geste, Musée d’Art Moderne de Paris, 2019 © ARTEEZ
François Walch, Hans Hartung dans son atelier d’Antibes, 1975. Photographie © ADAGP, Paris 2019. Photo : François Walch

Hans Hartung – La Fabrique du geste
Musée d’art moderne de Paris

Du 11 octobre au 1er mars 2020

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