Hodler // Parallélisme

A l’occasion du centenaire de la disparition de Ferdinand Hodler, le Kunstmuseum Bern et les Musées d’art et d’histoire de Genève ont décidé d’unir leurs collections et leurs forces pour proposer une exposition d’environ 100 tableaux retraçant la carrière de ce peintre emblématique de la Suisse.

Cette exposition qui s’intitule “Holder // Parallélismes” permet de découvrir Hodler dans toute la diversité de son oeuvre et pose un regard renouvelé sur la peinture de l’artiste. Hodler a été exposé à travers différents thèmes: peintre de paysages, portraitiste ou encore peintre d’histoire. Le thème du parallélisme donne l’occasion de découvrir l’artiste d’une façon différente des autres expositions qui lui ont été consacrées.

L’exposition s’appuie sur les postulats d’une conférence de l’artiste donnée à Fribourg en 1897 sous le nom de La mission de l’artiste. Dans cette conférence, il décrit sa vision de l’art. Il parle de l’oeil, du cerveau, de la forme, de la couleur et dans le dernier chapitre, il définit la notion de parallélisme.

Attachment-1-10.jpgFerdinand Hodler (1853-1918), Le Garçon enchanté, vers 1894 Huile sur toile, 50,5 x 33,2 cm © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo : B. Jacot-Descombes Inv.1925-0035

Retour sur la carrière d’un peintre résolument moderne

A l’âge de 18 ans, Hodler décide de quitter Berne pour venir s’installer à Genève et devenir peintre. Ses modèles sont les peintres Alexandre Didet et Francois Calame.  En 1871, le jeune Hodler vient au Musée Rath pour observer et copier les oeuvres exposées. A cette époque, le Musée Rath est également l’Ecole des Beaux-Arts. Un professeur, Barthélemy Menn, décide de prendre Hodler sous son aile et lui offre gratuitement les cours pendant 5 ans. Le peintre-professeur aura une très grande influence sur l’oeuvre de Hodler notamment avec l’importance du dessin et du contour.

Les premières années de Hodler à Genève sont compliquées. Les Genevois ne voudront pas de son travail. Il va devenir connu à Paris, à Vienne puis en Allemagne. Il faudra attendre mars 1918 pour que Hodler soit reconnu en tant qu’artiste à Genève, année où lui sera accordée la citoyenneté d’honneur.

Parallélisme dans la nature 

Hodler raconte qu’il est amoureux “de la substance de la nature”. Très jeune, il perd sa famille de la tuberculose. Il commence son apprentissage chez un peintre qui fait des petits paysages qu’il vend aux touristes. Il fait tous les jours les allers-et-retours à pied depuis chez son beau-père jusqu’à Thune où il fait son apprentissage. Il raconte qu’il adorait ces trajets car il avait les plus beaux paysages au monde devant ses yeux: le lac de Thoune et le Stockhorn, qu’il s’amusait à regarder sous différents points de vue. Il se dit même qu’il regardait les paysages à l’envers, ce qui a peut-être engendré son obsession pour le reflet et la symétrie.

Attachment-1-6.jpg Ferdinand Hodler (1853-1918), Le Lac de Thoune aux reflets symétriques, 1905 Huile sur toile, 80,2 x 100 cm © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo : B. Jacot-Descombes Inv. 1939-0033

Parallélisme dans la figure humaine 

Dans les années 1910, Hodler va peindre des portraits et des autoportraits. Ses amis vont lui commander beaucoup de portraits. Il y a une étrangeté dans ses portraits du fait de ce parallélisme. Ils sont donc symétriques. Les dessins préparatoires sont plus réalistes: le moindre défaut, la moindre ride, la moindre asymétrie sont marqués. Dès qu’il passe à la peinture, il utilise le “filtre parallélisme” et les visages deviennent symétriques.

Attachment-1-9.jpgFerdinand Hodler (1853-1918) Autoportrait, 1916, Huile sur toile, 40 x 38 cm © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo : B. Jacot-Descombes Inv. 1939-0066

Pour les compositions de groupes, Hodler reforme la symétrie. Il dit que s’il y a un orateur, le groupe se réunit de façon symétrique, comme on peut le voir sur une peinture d’étude intitulée L’Unanimité.

Dans la figure humaine, ce qui inspire le plus Hodler, ce sont les femmes, qu’elles soient épouses ou maîtresses. Il peint ainsi la liberté du corps, l’émotion par le corps.

Attachment-1-12.jpgFerdinand Hodler (1853-1918) L’Émotion, 1909/1911, Huile sur toile, 120 x 172 cm Collection privée, Suisse © SIK-ISEA, Zürich

C’est avec le tableau La Nuit, exposé au KunstMuseum de Bern, que Hodler marque un tournant dans sa carrière. Ce tableau sombre et au paysage désertique représente le sommeil et la mort. Les corps des femmes sont nus et leurs teintes sont associées à celles de cadavres: vert, bleu, gris, violacé. Hodler veut présenter cette toile au Musée Rath mais les autorités genevoises qui passent avant le vernissage, crient à l’obscénité et refusent qu’il soit exposé. Face à ce refus, Hodler organise une exposition privée au bâtiment électoral et demande de payer CHF 1 à ceux qui souhaitent voir le tableau du scandale. Une file d’attente composée de critiques et de journalistes se forme. Avec l’argent récolté, le peintre part a Paris, expose La Nuit au Champ de Mars où Rodin et Puvis de Chavanne font des critiques dithyrambiques. Ils parlent de Hodler comme d’un génie. Il présentera également La Nuit aux Sécessions de Vienne.

Dix ans plus tard, Hodler peint Le jour. La symbolique est à l’opposée de La Nuit. On retrouve une voûte céleste, les fleurs, les visages sont apaisés et les couleurs sont lumineuses. Quand il expose les deux tableaux ensemble, il obtient la médaille d’or pour La Nuit. La symbolique de l’un éclaire celle de l’autre.

Attachment-1-7.jpg Ferdinand Hodler (1853-1918), Le Jour, 1899-1900, Huile sur toile 160 x 352 Kunstmuseum Bern, Stadt Bern © Kunstmuseum Bern, Inv. G 0251

L’essentiel: Paysages et rades

Dans ses premiers paysages du lac de Thoune, Hodler peint encore une rive, un mouvement dans l’eau mais il ne peint que la partie symétrique.

Plus les années avancent, plus l’artiste va vers une peinture que l’on pourrait qualifier d’instantanée. Il n’y a plus que la montagne et le lac; ce qui constitue pour lui l’essentiel. Dans ses peintures de montagne, Hodler ne peint plus que les sommets.

Attachment-1-8.jpgFerdinand Hodler (1853-1918), Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn, 1905 Huile sur toile, 80,5 x 90,5 cm, Collection Christoph Blocher © SIK-ISEA, Zürich (Philipp Hitz)

Attachment-1-13.jpgFerdinand Hodler (1853-1918), Le Mönch avec nuages, 1911 Huile sur toile, 64,5 x 91,5 cm, Collection privée, Suisse © SIK-ISEA, Zürich

Pour les peintures de ses dernières rades, Hodler ne peut plus sortir de chez lui. Il est malade et peint ce qu’il voit de sa fenêtre. Il vit au 29 Quai du Mont-Blanc et a devant lui le lac, le Môle, le Mont-Blanc et le Salève. Ce sont des strates horizontales qui ressemblent à une portée musicale. Même les cygnes s’apparentent à des notes. Hodler ne peindra plus que des aubes, il avait peur de s’endormir.

Ses paysages sont de plus en plus horizontaux, il y a de plus en plus de couleurs, il laisse libre court à son geste. Dans ses oeuvres d’avant, les contours des montagnes sont importants. Désormais, il ne reste plus que la couleur et le geste. Hodler touche à l’abstraction.  Il abandonne le parallélisme. Il a passé sa carrière à établir sa propre règle et à la veille de sa mort, il découvre une nouvelle liberté.

22_Hodler-Lac-Leman-Mont-Blanc-cygnes-1964_0033_©_MAH_Geneve_photo_Yves_Siza-Gr.jpgFerdinand Hodler (1853-1918), Lac Léman et le Mont-Blanc avec cygnes, 1918 Huile sur toile, 77 x 152,2 cm © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo : Y. Siza

Le dernier volume du catalogue raisonné qui va paraitre prochainement met en évidence l’importance de Hodler comme peintre national mais aussi comme une figure du modernisme. Hodler aura finalement poursuivit tout au long de sa carrière un chemin vers l’abstraction.

D’autres manifestations à l’occasion de ce centenaire ont été organisées à travers la Suisse Romande pour faire apprécier Hodler à un public le plus large possible. Le musée de Pully a présenté les peintures que Hodler a réalisé du Léman dans l’exposition intitulée Hodler et le Léman. Le peintre est aussi exposé dans les salles permanentes du Musée d’Art et d’Histoire, avec le nouvel accrochage de ses oeuvres depuis le 2 mars 2018. L’exposition Barthélemy Menn se tiendra aux Cabinets des Arts Graphiques du 2 mars au 8 juillet 2018. Hodler et le Mercenaire Suisse: du Mythe à la Réalité sera à voir à partir du 28 septembre 2018.  Ferdinand Hodler dans les livres et sur internet aura lieu à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie du 5 novembre 2018 au 26 mai 2019. Enfin l’Esprit de Hodler dans la Peinture Genevoise à la Maison Tavel se déroulera du 28 septembre 2018 au 24 février 2019.

L’exposition Hodler // Parallélisme sera présentée au Kunstmuseum de Bern à partir du mois d’août et poursuivra son itinéraire à Hambourg.

Hodler // Parallélisme
Musee Rath, Geneve
Du 20 avril au 19 aout 2018

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