De l’art vidéo russe au MAH de Genève

L’exposition actuelle du collectif russe d’art vidéo AES+F s’installe jusqu’au 30 septembre au Musée d’art et d’histoire de Genève. Le collectif, composé de cinq artistes, Tatiana Arzamasova, Lev Evzovich, Evgeny Svyatsky et Vladimir Friches, est actif depuis 1987 et est présenté pour la première fois dans une grande institution muséale suisse.

Leurs œuvres décrivent la société contemporaine par la vidéo, la photographie, la peinture et la sculpture. La première partie de l’exposition s’ouvre avec une vidéo  de format monumentale, intitulée Inverso Mundus (2015). Elle enveloppe le spectateur dans un monde fantasque et surréaliste où les rapports de pouvoir sont inversés : des femmes tyranniques torturent des hommes, des enfants se battent aves des vieillards, les mendiants prennent la place des dirigeants du monde. Le monde est envahi par une force surnaturelle, les acteurs caressent des chimères ou êtres monstrueux mais ne semblent pas effrayés, au contraire, ils sont émerveillés par ces créatures surréalistes.

Il s’agit bien d’un monde inversé dans sa structure mais aussi dans sa symbolique. La fascination pour un monde nouveau semble avoir gagné toutes les franges de la société, enfants comme adultes sont émerveillés par ce monde fantasque et virtuel.

InversoMundus_12.jpgAES+F, Inverso Mundus, 2015 Installation vidéo, 38′, détail © AES+F

AES+F.doc 3.jpgAES+F, Inverso Mundus, 2015 Installation vidéo, 38′, détail © AES+F

La deuxième partie s’articule autour de sculptures, de peintures numériques et d’une vidéo qui s’intitule Last Riot (2005-2007). Elle présente des mannequins adolescents qui se battent avec élégance sur une musique de Richard Wagner, Crépuscule des dieux, qui donne un ton funèbre au sujet. Cette vidéo est ralentie et semble suspendue dans le temps, comme si elle était une synthèse de tout ce que la jeunesse actuelle absorbe de la virtualité constante de la société avec comme conséquence une perte de réalité. Ici, les combats ne sont pas empreints de violence mais idéalisés dans une danse envoutante.

C’est d’ailleurs grâce à la présentation de cette œuvre vidéo au pavillon russe de la Biennale de Venise de 2007 que le collectif AES+F a bénéficié d’une reconnaissance internationale.

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AES+F, La Dernière Révolte. Tondo 2, 2007, Collage numérique, impression numérique sur toile Collection privée © AES+F

La troisième partie de l’exposition est intitulée Allegoria Sacra (2011-2013). Ce titre est emprunté à une peinture du XVème siècle de Giovanni Bellini (Allégorie sacrée, 1490-1500.) Selon les interprétations populaires, Giovanni Bellini aurait représenté le purgatoire. Dans cette partie, la vidéo, les photographies grand format et les peintures numériques décrivent un monde contemporain emprunt des codes de la culture classique occidentale, en l’occurrence, la période de la Renaissance. Nous retrouvons dans ces peintures contemporaines des personnages de la mythologie chrétienne et antique, comme Saint-Sébastien, un centaure, un vieillard nu rappelant Job, tous présents dans la peinture de Bellini.

AES+F.doc 5.jpgAES+F, L’Allégorie sacrée, 2011-2013 Installation vidéo, 34’34, détail © AES+F

Le collectif AES+F a représenté avec ces personnages issus de l’iconographie classique, une scène du monde contemporain. Le lieu idéalisé est un aéroport où se mélangent des groupes sociaux et ethniques des plus divers. Au centre d’une des oeuvres, nous ne trouvons plus des personnages bibliques comme il était d’usage dans les scènes sacrées mais un malade entouré par un groupe d’Indiens guérisseurs et d’infirmières sophistiquées. Est-ce à dire que la société actuelle a créé une nouvelle mythologie contemporaine ? Serait-ce une allégorie d’une société malade nécessitant d’être soignée ? Ou est-ce simplement le constat d’une société multiculturelle incluant toutes formes de croyances, anciennes et nouvelles ?

Allegoria_Sacra_5.jpgAES+F, L’Allégorie sacrée, L’Elégie de neige, 2013 Collage numérique, impression sur papier, Diasec Collection Galerie Triumph, Moscou © AES+F

Cette exposition offre une grande variété des œuvres des artistes moscovites dans lesquelles l’histoire de l’art entre par le biais de références à l’art classique occidental. Le collectif AES+F renouvelle l’art de la fresque par des œuvres vidéo d’une grande richesse visuelle. Leur travail repose sur des photographies numériques qui leur permettent de générer les vidéos mais aussi les sculptures et les peintures numériques. Le travail est monumental, saisissant et s’offre au public par une immersion totale grâce aux œuvres vidéo qui nous transportent très loin.

Allegoria_Sacra_3.jpgAES+F, L’Allégorie sacrée, Panorama 1, 2012, Collage numérique, impression sur papier, Diasec Collection Galerie Triumph, Moscou © AES+F

AES+ F. THEATRUM MUNDI
Musée d’art et d’histoire de Genève
Du 18 mai au 7 octobre 2018

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