L’underground new-yorkais de Keith Haring

Plongée dans l’underground new-yorkais des années 1980 avec l’exposition Keith Haring au musée Bozar de Bruxelles

Un artiste est un porte-parole d’une société à un moment donnée de l’histoire.

Keith Haring

Véritable icône des années 1980, Keith Haring (1958 – 1990) s’est rapidement fait connaître avec ses dessins à la craie qu’il réalise dans le métro de New-York sur des feuilles de papier noir. C’est pour lui l’occasion de côtoyer les artistes graffiti qu’il apprécie et d’affirmer son style.

Tseng Kwong Chi, Keith Haring dans le métro de New-York entre 1983 – 1985

Ses débuts à New York

Influencé par Walt Disney et Dr Seuss, le jeune Keith Haring est passionné par le dessin. Entre 1978 et 1980, il intègre la School of Visual Arts de New York où il se familiarise avec l’art conceptuel. Il admire l’énergie et la spontanéité de peintres expressionnistes abstraits comme Pierre Alechinsky ou Jean Dubuffet.

En juin 1980, il participe au Time Square Show, une exposition collective organisée par Colab (Collaborative Projects Inc.) qui a ouvert de nouvelles tendances dans l’art contemporain en associant la scène du graffiti et la scène artistique. Parmi les artistes qui auront exposé au Time Square Show, on peut citer Lee Quinones, Jean-Michel Basquiat, Jenny Holzer, Nan Goldin, Kenny Scharf ou encore Kiki Smith.

New York est, à cet époque, l’épicentre de la culture underground qui inspire tant Haring. Il explore les possibilités d’ouverture qu’offrent la ville. Ce sont des temps d’insouciance où « l’esprit gay était partout… ». Son travail devient de plus en plus expérimental et interdisciplinaire. Organisateur d’expositions au Club 57, il fréquente des écrivains, des danseurs, des acteurs et des musiciens et développe une « approche performative de la peinture. »

Un artiste engagé

Keith Haring n’était pas seulement l’artiste de la fête, des performances publiques et des expérimentations artistiques, il est aussi un homme engagé. Dans ses oeuvres, Keith Haring aura dénoncé la course à l’armement atomique, l’apartheid, manifesté contre le nucléaire, les dérives du capitalisme et aura participé activement dans la lutte contre le SIDA et le soutien de la cause LGBT.

Keith Haring, Ignorance = Peur, Silence = Mort, 1989, lithographie offset sur papier, Collection Noirmontartproduction, Paris. Exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ
Keith Haring, Silence = Mort, 1989, peinture acrylique sur toile, Collection privée. Exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ

L’artiste-activiste aura laissé une oeuvre riche de ses premiers collages à ses immenses fresques murales immédiatement reconnaissables avec son trait assuré, ses couleurs fluos et son style emprunté au graffiti.

Vue de l’exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ

Pour Keith Haring: « L’art, c’est pour tout le monde. » L’artiste a donc cherché, dès le début de sa pratique artistique, à utiliser une iconographie accessible à tous pour dénoncer les causes qui lui tenaient à coeur. Il a créé une sorte de dictionnaire visuel avec des idéogrammes qui vont être récurrents dans son oeuvre comme le chien aboyeur, le bébé, la TV ou encore le visage à trois yeux. Il concevait des affiches à l’identité visuelle forte qu’il imprimait et distribuait lui-même pendant les manifestations.

Vue de l’exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ

Comme le décrit l’auteur Steven Zultanski : « Je ne crois pas que l’on puisse douter de ses positions politiques: la colère de ses tableaux, vis-à-vis des injustices raciales et sexuelles n’est pas ambiguë. Mais cette colère est immédiatement éclipsée par l’excès de joie que l’on discerne dans le mouvement incessant de l’oeuvre et sa célébration de l’éclat de la vie, de l’extase collective et du rayonnement de l’amour. »

Keith Haring, Sans titre, 1981, peinture email sur panneau de fibres, Collection privée. Exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ

Cette rétrospective qui a déjà été montrée à la Tate Liverpool et sera ensuite présentée au Museum Folkwang de Essen en Allemagne, rassemble une grande quantité d’oeuvres iconiques de l’artiste mais présente également des vidéos, des photos et autres archives prêtées par la Keith Haring Foundation pour une véritable immersion dans l’effervescente scène artistique de cette décennie.

L’exposition Keith Haring est à voir jusqu’au 19 avril 2020.

Quelques mots sur la Keith Haring Foundation

Créée par l’artiste en 1989, la Keith Haring Foundation perpétue l’héritage artistique et philanthropique de Haring par la préservation et la diffusion de ses œuvres et archives, et en accordant des subventions aux enfants dans le besoin et aux personnes touchées par le VIH. La Fondation soutient les institutions artistiques et éducatives en finançant des expositions, des programmes et des publications qui permettent de contextualiser et d’éclairer le travail et la philosophie de Haring.

Vue de l’exposition Keith Haring, Bozar, Bruxelles 2020 © ARTEEZ

Keith Haring
Bozar, Bruxelles
Du 6 décembre 2019 au 19 avril 2020
www.bozar.be

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