La condition humaine selon Kiki Smith

L’artiste américaine Kiki Smith est actuellement présentée à la Pace Gallery de Genève. Elle sera à l’affiche de la prochaine exposition automnale du MCBA dès le 9 octobre prochain. Retour sur une oeuvre énigmatique et onirique qui explore le corps féminin et le rapport de l’être humain à la nature

Vue de l’exposition Light, Kiki Smith à la Pace Gallery, Genève
© Kiki Smith, courtesy Pace Gallery. Photo: ARTEEZ

Il aura fallu attendre 30 ans pour qu’une nouvelle exposition personnelle de Kiki Smith soit organisée en Suisse. Depuis son exposition en 1990 au Centre d’Art Contemporain de Genève, l’artiste américaine n’a cessé d’explorer le corps, la représentation des femmes et la relation des êtres humains avec les animaux et la nature.

Ses débuts d’artiste

Kiki Smith est née à Nuremberg en 1954. Elle est issue d’une famille d’artistes: sa mère est actrice et chanteuse d’opéra et son père, sculpteur minimaliste. En 1955, sa famille déménage dans le New-Jersey. Rapidement, Kiki va assister son père à la fabrication de maquettes pour ses sculptures. Pendant cette période, elle côtoie des artistes tels que Jackson Pollock ou encore Barnett Newman.

En 1976, Kiki Smith part pour New York et commence véritablement sa carrière d’artiste. Elle rejoint le projet d’artistes collaboratifs Collab et s’installe dans un studio du Lower East Side.

Kiki Smith et le corps humain

Depuis le début des années 1980, Kiki Smith est fascinée par le corps humain qu’elle va apprendre à reproduire notamment avec l’ouvrage illustré de Henry Gray, Anatomy of the Human Body (1858).

Le corps va devenir le fil conducteur de son oeuvre et plus particulièrement, le corps de la femme. Dans ses premiers travaux, les corps sont éclatés, fragmentés, à vif. Ils expriment la souffrance et la vulnérabilité. Ce sont les années Sida, marquées aussi par les luttes pour les droits des femmes et les questions de genre et d’identité sexuelle.

Kiki Smith. Untitled, 1992. Graphite sur méthylcellulose et papier népalais teint à la main 160x47x138cm. D.Daskalopoulos Collection

Comme le décrit Camille Morineau, directrice des expositions et des collections à la Monnaie de Paris: « L’un des aspects le plus fort et singulier de l’œuvre de Kiki Smith est de remettre la femme au centre d’une iconographie artistique où elle avait été oubliée, reléguée à de petits rôles, et/ou déformée par le regard masculin. » (Extrait du texte publié dans le catalogue de l’exposition Kiki Smith à la Monnaie de Paris, 2019).

A travers ces représentations de corps, Kiki Smith se questionne sur notre présence dans ce monde: « Je pense toujours que toute l’histoire du monde est dans notre corps » , affirme l’artiste.

La nature et l’environnement comme nouvelles sources d’inspiration

A partir des années 1990, Kiki Smith s’éloigne quelque peu du féminisme et son travail se tourne de plus en plus vers la nature et l’environnement. Elle mêle alors dans ses œuvres, les représentations humaines avec ses animaux fétiches comme les oiseaux, les loups, les renards et autres biches. Certaines de ses oeuvres font référence à l’enfance à travers les contes de Charles Perrault et des frères Grimm, suggérant à la fois émerveillement et effroi.

Kiki Smith. Rapture, 2001. Bronze. 170,8 x 157,5 x 66,7 cm
© Kiki Smith, courtesy Pace Gallery
Photo : Richard-Max Tremblay, courtesy Pace Gallery

Les animaux, les étoiles et les plantes vont peu à peu envahir son univers : « Nous faisons partie du monde naturel, notre identité est intrinsèquement liée à notre relation avec notre habitat naturel et avec les animaux », précise-t-elle.

À partir des années 2000, les grands mythes des origines attirent progressivement son attention et la cosmogonie devient un chapitre à part entière de sa pratique.

L’influence religieuse est également présente dans son travail. Kiki Smith attribue son intérêt pour le corps et l’anthropomorphisme en partie à son éducation catholique.

La perception sensorielle au MCBA

Le MCBA propose de découvrir le travail de Kiki Smith sous l’angle sensoriel avec l’exposition Kiki Smith. Hearing You with My Eyes. Dans son travail, l’artiste accorde en effet une grande importance aux sens et en particulier à la vue, à l’ouïe et au toucher.

Cette retrospective parcourt près de quarante années de création de Kiki Smith et regroupe une centaine d’œuvres (dessins, estampes, sculptures, tapisseries et un film) qui ont été selectionnées en étroite collaboration avec l’artiste.

Kiki Smith. Peacock, 1994
Papier-mâché, papier népalais et encre 67,3 x 44,5 x 54,6 cm (figure)
Collection Irish Museum of Modern Art, purchase
Photo: Ellen Page Wilson, courtesy Pace Gallery
Kiki Smith. Congregation, 2014. Tissage coton sur métier Jacquard 294,6 x 193 cm
Édition : Magnolia Editions, Oakland/CA © Kiki Smith, courtesy Pace Gallery
Photo : Tom Barratt, courtesy Pace Gallery

Light à la Pace Gallery

C’est sur le thème de la lumière que la Pace Gallery de Genève a choisi de présenter l’artiste pour son exposition genevoise. A travers des gravures, des sculptures, des oeuvres sur papier et une tapisserie monumentale, l’artiste nous livre un florilège de la maîtrise des différents matériaux qu’elle utilise.

La lumière est l’élément central et sert de base à l’artiste pour explorer de manière sous-jacente ses thèmes de prédilection comme la spiritualité, la mortalité, le mysticisme et leurs interconnexions avec le monde naturel.

L’exposition présente des oeuvres récentes, crées entre 1997 et 2019, à travers lesquelles, l’artiste semble s’être apaisée. Une vision plus cosmique et une impression d’harmonie avec le monde qui l’entoure se dégage de ces derniers travaux.

Vue de l’exposition Light, Kiki Smith à la Pace Gallery, Genève
© Kiki Smith, courtesy Pace Gallery. Photo : ARTEEZ
Vue de l’exposition Light, Kiki Smith à la Pace Gallery, Genève
© Kiki Smith, courtesy Pace Gallery. Photo : ARTEEZ

Deux expositions qui se complètent pour apprécier pleinement la variété des techniques de Kiki Smith et la richesse de ses inspirations. Une occasion unique de porter un nouveau regard sur l’évolution de sa pratique artistique au cours des 40 dernières années et appréhender son univers à la fois énigmatique, déroutant et onirique.

Kiki Smith dans son studio, État de New York, août 2019
Photo © Nina Subin

Kiki Smith : Light
Pace Gallery, Genève
Du 9 septembre au 31 octobre 2020
www.pacegallery.com

Kiki Smith : Hearing you with my eyes
MCBA Musée cantonal des Beaux Arts de Lausanne
Du 9 octobre 2020 au 10 janvier 2021 
www.mcba.ch

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