L’art et les ports francs

Des trésors du patrimoine artistique mondial sont entreposés dans différents ports francs à travers le monde.

Coup de projecteur sur les Ports Francs de Genève 

Depuis la crise de 2008, les acteurs économiques ont diversifié leurs portefeuilles au profit du marché de l’art. Quand les acquisitions d’œuvres d’art portent sur plusieurs millions, les propriétaires cherchent le maximum de sécurité et de confidentialité. C’est ainsi qu’il y a eu un boom dans l’ouverture de ports francs à travers le monde – Singapour en 2010, Monaco en 2013, Luxembourg et Pékin en 2014. Le dernier port franc à avoir ouvert ses portes est celui de New York en 2017 avec la société ARCIS – qui signifie forteresse en latin.

A quoi servent les Ports Francs ?

La mission principale d’un port franc est de stocker des marchandises en suspension des droits de douane et de la TVA jusqu’à l’importation définitive. 

Les ports francs permettent de simplifier certaines opérations commerciales. Par exemple, les importateurs n’ont pas besoin de recourir à leur trésorerie tant que leur marchandise n’est pas mise en libre circulation. 

L’importance des Ports Francs de Genève

Un des avantages de la place de Genève est sa situation géographique au cœur de l’Europe qui permet une facilité des échanges commerciaux  ainsi que la réputation de stabilité économique et politique du pays.

Les Ports Francs de Genève existent depuis 125 ans. Ils sont donc les plus anciens ports francs au monde et aussi les plus grands.

Les PFEG sont considérés comme un des joyaux de la Cité de Calvin. Ils se situent à La Praille et à l’aéroport de Genève.Comme nous l’explique Alain Decrausaz, directeur général des Ports Francs & Entrepôts de Genève (PFEG) depuis quinze ans et dans l’entreprise depuis vingt ans: « historiquement, les ports francs étaient situés au Marché de Rive. Dans les années 1950, ils se sont installés à Cornavin et dans les années 1960, l’État de Genève a décidé de faire rapatrier tous les transitaires, la manutention et la logistique sur la route des Jeunes. A l’époque, on utilisait le terme de General Cargo. Dans les années 1970, la moitié de la zone port franc était occupée par les tapis. Dans les années 1980, ce sont les voitures qui prennent le relais notamment avec la taxation importante des voitures japonaises. Après cette époque, les PFEG ont opéré un virage important sur les produits de luxe, d’abord les parfums puis la maroquinerie, les chemises, etc… ».

Les PFEG comptent aujourd’hui 150.000 mètres carrés de surface locative (des bureaux, des dépôts, des chambres fortes, des locaux climatisés ou encore des containers). Il s’agit de la plus grande capacité d’entreposage de Suisse – à noter qu’il y a dix ports francs dans toute la Suisse. 

Les deux niches principales des PFEG sont le vin (près de deux millions de bouteilles de vin sont stockées) et les œuvres d’art (27% de la surface louée).

Pourquoi les acteurs du marché de l’art font appel à un port franc ?

Les PFEG ont été les premiers à connaître le développement de ces « hubs artistiques ». Les « locataires de l’art » des PFEG sont les musées, les galeries, les collectionneurs, les marchands d’art, les investisseurs, les restaurateurs et les sociétés d’expertise. Les transitaires occupent la plus grande partie des PFEG. 

Avoir recours à un port franc signifie la mise à disposition d’un espace de stockage optimal et ultra sécurisé, et un régime fiscal avantageux. Les clients disposent également de showrooms pour la présentation des œuvres.

Il est important de noter que les œuvres stockées dans un port franc sont exemptées de taxes et de droits de douanes, tant qu’elles sont conservées dans les ports francs. 

La durée de l’entreposage n’est pas limitée dans le temps, pour autant que les œuvres arrivent de l’étranger. Si une œuvre arrive depuis la Suisse, elle est dédouanée à l’exportation et doit être acheminée hors du territoire suisse dans les six mois. 

Contrairement aux idées reçues, les coûts d’assurances ne sont pas plus bas dans des ports francs – même si la sécurité du site plaide en faveur de taux plus faibles, la forte concentration de valeurs dans une seule zone engendre au contraire une augmentation des taux pour les compagnies en raison des risques importants de cumuls en cas de sinistre.

Les PFEG de demain?

Parmi les développements récents des PFEG, on peut citer l’arrivée du laboratoire d’expertise Artmyn. Cette société a mis au point une nouvelle technologie qui révolutionne la manière dont les œuvres d’art sont présentées, vendues et sécurisées. La société propose un véritable «passeport biométrique en 5D» d’une œuvre. L’ouverture du premier centre de scanning Artmyn aux PFEG marque la volonté de maîtriser le suivi des objets stockés dans les locaux. 

Les PFEG devraient continuer de soutenir l’art et la culture locale à travers le sponsoring d’évènements artistiques comme la Biennale de la photographie de Genève No’Photo ou encore Art en Vielle-Ville.

Dans cette volonté d’échange et de partage artistique avec le public, les PFEG proposent également des expositions temporaires dans le patio de l’accueil à la clientèle. Ces expositions permettent la présentation d’œuvres choisies dans un espace industriel de travail peu courant. A titre d’exemple, en avril dernier, une douzaine de portraits inédits de Jean-Michel Basquiat, réalisées par le photographe japonais Yutaka Sakano, étaient ainsi présentés.

Pour conclure, Alain Decrausaz nous indique : « dans le développement à venir des ports francs, nous allons continuer à amplifier l’entreposage de très grande qualité, avec moins de sous douane et plus de bâtiments hors douanes, c’est-à-dire soumis au régime suisse. Cela permettra d’évoluer dans le chiffre d’affaire et de répondre aux questions de sécurité des gens ».

Le directeur des Ports Francs et Entrepôts de Genève SA, Alain Decrausaz. Crédits photographiques: Laurent Guiraud

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