Pierre Soulages centenaire!

«J’avais 5 ans, je dessinais de la neige en trempant un pinceau dans un encrier. Pour blanchir du papier, il n’y a rien de tel que le contraste avec le noir.»

Pierre Soulages
Raphaël Gaillarde, Portrait de Pierre Soulages © Collection Raphaël Gaillarde, dist. RMN-Grand Palais/Raphaël Gaillarde © RMN-Grand Palais-Gestion droit d’auteur pour Raphaël Gaillarde © ADAGP, Paris 2019 pour Pierre Soulages.

En 2018, la Fondation Gianadda en Suisse présentait une rétrospective de Pierre Soulages, cette année, c’est le Louvre de Paris qui met à l’honneur ce peintre exceptionnel au Salon Carré du Louvre à l’occasion de ses cent ans. 

Pierre Soulages « peintre de l’outrenoir » est une figure majeure de la peinture abstraite. Né le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron), il continue de peindre à un rythme soutenu. A l’occasion de son centenaire, le musée du Louvre lui consacre une exposition exceptionnelle dans le prestigieux Salon Carré. Seul Picasso et Matisse eurent droit à cet hommage.

Le Louvre est un lieu qui a inspiré Pierre Soulages lorsqu’en 1937, âgé de 18 ans, le peintre se rend pour la première fois à Paris. Aujourd’hui, c’est lui qui influence toute une génération d’artistes, comme le souligne sa galeriste suisse Alice Pauli : « c’est un artiste puissant, qui vous nourrit, et toujours tellement dans la recherche qu’il en est presque plus contemporain que les jeunes ! »  

Après des études à l’école des beaux-arts de Montpellier, il s’installe à Paris en 1946 et commence à travailler à sa peinture abstraite. La même année, il expose au Salon des Surindépendants où il disposait de trois mètres de cimaise, pour ne pas dire pas grand-chose, mais parmi les œuvres très colorées, les toiles noires de Pierre Soulages détonnent. Hans Hartung et Francis Picabia ont aimé son travail et le firent remarquer. L’année suivante, la chance est au rendez-vous, au Salon des Réalités nouvelles, il est inclus dans la sélection avec Del Marle, Kupka, Herbin, ce qui lui permet d’entrer dans le club des artistes américains, auquel appartenaient Robert Motherwell et Franz Kline.

Sa première exposition personnelle a lieu en 1949 à Paris à la galerie Lydia Conti qui expose ses toiles et ses brous de noix « une matière sombre et chaude, banale et bon marché ». Suivent des expositions à New York chez Samuel Kootz en 1954 et chez Sidney Janis Gallery. Ses peintures souvent de grands formats, ainsi que son œuvre de graveur sont largement diffusées à partir des années cinquante, tout spécialement en Europe et aux États-Unis où il va exposer très régulièrement. C’est à partir de cette date que le peintre choisit de nommer ses œuvres par leurs dimensions et date d’exécution plutôt que par un titre pour affirmer la matérialité de la peinture et son inscription dans le temps.

Pierre Soulages_Brou de noix_ 48,2 x 63,4 cm_1946_Rodez, Musée Soulages © Archives Soulages/ADAGP, Paris 2019

Soulages au Louvre 

L’exposition-hommage du Louvre propose un parcours chronologique de l’œuvre, allant de 1946 à aujourd’hui, en représentant les huit décennies pendant lesquelles Soulages a développé ses recherches. La longue carrière de l’artiste est illustrée par un choix d’œuvres majeures provenant principalement des plus grands musées français et étrangers. L’exposition met l’accent sur les polyptyques outrenoirs, terme crée par Soulages pour parler de la couleur noire qu’il utilise, « outrenoir ou noir-lumière » définit la couleur-matière qu’il utilise car le peintre ne s’intéresse pas particulièrement à la couleur noire mais plus spécialement à la lumière qu’elle révèle : « Je considère que la lumière telle que je l’emploie est une matière ».

C’est en 1979, alors que Soulages peint depuis 30 ans, qu’une nouvelle phase de son travail commence avec cette peinture appelée « outrenoir ». Le mot outrenoir, explique Pierre Soulages, « permet de ne pas se limiter au phénomène optique, car voir les reflets sur une surface noire c’est un phénomène optique. Celui-ci agit d’ailleurs sur la sensibilité, l’imaginaire de quelqu’un quand il aime un tableau, alors j’ai trouvé qu’il fallait un autre mot que le noir lumière que j’employais alors, et c’est à ce moment-là que j’ai pensé à outrenoir.» Avec l’outrenoir qui instrumentalise le reflet, l’espace et le temps de la peinture sont radicalement transformés, la dotant d’une multiplicité lumineuse inédite. Au contraire d’une œuvre monochrome, « ce sont des différences de textures, lisses, fibreuses, calmes, tendues ou agitées qui captant ou refusant la lumière, font naître les noirs gris ou les noirs profonds. »

Pierre Soulages_Peinture_220 x 366 cm_14 mai 1968_Paris, Musée National d’Art moderne – Centre Pompidou © Archives Soulages/ADAGP, Paris 2019

L’exposition actuelle du Louvre témoigne de la continuité de l’œuvre mais aussi de ses différentes phases liées à la volonté de faire surgir la lumière par contraste entre les parties claires, par superposition et raclage, ou encore par le mode d’application d’un pigment unique. Cette exposition propose aussi de découvrir de très grandes peintures réalisées ces derniers mois, témoignant de la grande vitalité du peintre, qui inlassablement se dédie à son art.

Pierre Soulages_Peinture. Polyptyque C_324 x 362 cm_1985_Paris, Musée National d’Art moderne-Centre Pompidou © Archives Soulages/ADAGP, Paris 2019

A noter que Alice Pauli, la galeriste qui représente Pierre Soulages en Suisse, expose actuellement des peintures et des brous de noix de l’artiste issues de collections privées en hommage à son ami. (Hommage pour les 100 ans de Pierre Soulages du 28 novembre 2019 au 18 janvier 2020).

Soulages au Louvre 
Département des peintures, Salon Carré du Louvre, Paris
Du 11 décembre 2019 au 9 mars 2020

Toute reproduction interdite
© http://www.arteez.ch 2019