Le vertige selon Yann Mingard

Le musée de l’Elysée présente l’exposition « Tant de choses planent dans l’air d’où notre vertige » jusqu’au 25 août 2019

Dans cette exposition, le photographe suisse Yann Mingard nous parle de réchauffement climatique et d’anthropocène à comprendre dans le sens où l’être humain est la première force géologique au monde.

Comme l’écrit Lars Willumeit, commissaire de l’exposition, à propos de ce projet qui a été le fruit de trois années de travail: « Il s’agit pour lui de poser un diagnostic artistique de la contemporanéité en étudiant l’impact de phénomènes de grande ampleur antérieurs à notre époque – qu’ils soient naturels, technologiques, ou sociaux – sur note état d’esprit actuel et sur le monde en général ».

Le musée de l’Elysee ne propose donc pas une exposition classique de photographie et sa visite mérite des explications si l’on ne veut pas passer à côté du message de l’artiste. Le visiteur est invité à se munir du fascicule pour comprendre les différentes salles aux noms évocateurs tels que Crested Ice, Ice Core, Evolution ou encore Pray.

Lien entre art et science

Yann Mingard travaille en tant que photographe depuis une vingtaine d’années. Il a une formation de jardinier-paysagiste. Son premier travail sur les frontières de l’Europe a duré dix ans. Dans ce travail, il a cherché à comprendre comment cette forteresse s’est reconstruite après la seconde guerre mondiale. L’artiste a ensuite travaillé sur les banques de conservation, qu’elles soient de graines, d’animaux ou encore de données informatiques.

En 2015, il passe six mois en residence à Londres. Il tombe sur un article du météorologiste grec, le Dr Zerefos. Ce dernier a étudié près de 2’000 tableaux dont des Turner, Degas, Constable… pour voir comment les traces de la pollution organique étaient visibles dans l’air avant 1850. A travers leurs couchers de soleil, ces peintres enregistraient déjà une péjoration du climat, de la lumière et de la pollution atmosphérique. Il va confronter ces détails de ciels à des captures d’écran qu’il trouve en effectuant la recherche Google suivante: «AQI+ air pollution in China 2015».

Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez
© Yann Mingard/ Courtesy Parrotta Contemporary Art/Courtesy Tate London «Everything is up in the air, thus our vertigo» Chapter «Seven Sunsets», Left: Joseph Mallord William Turner, Sunset, ? c.1830-5, (detail). Right: Detail of a screenshot of an image found on Google Images with the keywords « AQI+ air pollution in China 2015 ». «Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige» Chapitre «Seven Sunsets», Gauche: Joseph Mallord William Turner, Sunset, ? c.1830-5, (détail). Droite: Détail d’une capture d’écran d’une image trouvée sur Google Images avec les mots clés « AQI+ air pollution in China 2015 ».

Dans la salle « Crested Ice », l’artiste évoque l’accident d’un B-52 américain qui a eu lieu le 21 janvier 1968 aux environs de la base de Thulé, au Groenland. Le bombardier perd une de ses 4 ogives nucléaires qui disparait sous les glaces et n’a jamais pu être récupérée. L’affaire a été étouffée mais certains dossiers ont récemment été declassifiés. Mingard tisse une toile de cet événement en rassemblant des archives pour évoquer la censure – les informations sensibles des dossiers déclassés sont masquées – et les enjeux liés au réchauffement climatique. En cas de dégel, l’artiste nous rappelle que l’on évalue à 100 000 ans le temps nécessaire pour que les déchets perdent leur radioactivité.

Evoquant cette fois la mémoire de la glace, la salle « Ice Core » présente des photographies de carottage de glace dont les prélèvements peuvent remonter jusqu’à 800 000 ans. Loin de l’intervention humaine, ces échantillons montrent des cycles climatiques d’environ 100 00 ans. Il rappelle que les « fins de terminaison » de ces cycles sont caractérisés par des oscillations rapides.

Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez
Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez

L’Evolution et la « Grande Accélération »

La salle Evolution évoque la vente aux enchères de 2015 d’espèces animales éteintes ou en voie d’extinction dans le but de financer un musée. Pour susciter l’envie de l’acquéreur, la maison de vente va créer plusieurs mises en scène avec un squelette de dinosaure, des fossiles, des lions et autres oiseaux empaillés. Pour la maison de vente, ces objets évoquent l’évolution en réfèrence à Darwin. Mingard a pu accéder à l’exposition le jour précédent la vente pour immortaliser ces objets. Il évoque à travers ces photographies, le passage d’objets rares entre mains publiques et mains privées et pose la question de savoir qui va détenir la connaissance et le patrimoine dans le futur?

Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez
Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez

L’exposition se termine par le mur de la « Grande Accélération ». Il donne des statistiques sur la population mondiale, les transports, le recul de la biodiversité, la pêche marine… On peut observer sur chacun de ces graphiques un pic qui marque cette accélération à partir des années 1950.

Cette dernière salle et l’ensemble de l’exposition invitent le visiteur à réfléchir sur notre rôle et nos prises de position en tant que citoyens et consommateurs. Une exposition qui évoque toutes « ces choses qui planent dans l’air » et qui donne le vertige.

Vue de l’exposition « Yann Mingard. Tant de choses planent dans l’air, d’où notre vertige », Musée de l’Elysée, Lausanne 2019 @ Arteez

Yann Mingard – Tant de choses planent dans l’air d’ou notre vertige
Musée de l’Elysée, Lausanne
Jusqu’au 25 août 2019

Toute reproduction interdite
© www.arteez.ch 2019