Les paysages de Gerhard Richter

L’artiste allemand Gerhard Richter est à l’honneur au Kunsthaus Zürich avec une exposition sur le thème du paysage

« Ces oeuvres montrent ma ‘nostalgie’, elles expriment le ‘rêve d’un ordre classique, le désir d’un monde intact’. »

Gerhard Richter, 1981 

L’exposition Gerhard Richter. Paysage guide les visiteurs à travers le processus créatif d’un des plus importants artistes allemands contemporains. L’ensemble des 140 oeuvres présentées au Kunsthaus Zürich, dont 80 tableaux, des dessins, des collages photographiques, des photographies surpeintes, des gravures et des livres d’artiste ont toutes pour thème le paysage. Elles ont été réalisées entre 1957 et 2018.

Né à Dresde en 1932, le peintre polymorphe a été reconnu dès les années 1980 pour son oeuvre tantôt figurative, tantôt abstraite. Comme on le retrouve dans cette exposition, la rupture de style est la règle dans l’ensemble de son oeuvre. Si les paysages peuvent être qualifiés de « romantiques », des éléments extérieurs viennent casser les codes comme dans « Le pont sur la Ruhr » où le paysage bucolique est traversé par un pont d’autoroute.

Dès le départ, Richter envisage le paysage à travers un moyen de reproduction mécanique : la photographie. Ces photos qui constituent la base de ses tableaux sont pour la plupart prises par l’artiste lui-même. Il les utilise pour créer non pas des paysages peints mais des peintures de photographies de paysages.

L’esthétique de la photographie qui repose sur le cadrage, la composition et la couleur, reste bien perceptible, comme on peut le voir dans l’œuvre « Maison dans la forêt« , une huile sur toile de 2004.

Gerhard Richter, Maison dans la Forêt, 2004
Huile sur toile, 126 × 92 cm. Collection privée © Gerhard Richter

Dans ses créations, Richter invite le spectateur à se méfier de l’image en construisant des paysages artificiels. Il commence dès lors sa réflexion critique sur les limites et les mystères de l’influence de la peinture.

Dès les années 1960 et 1970, Richter produit des images très abstraites de montagnes, de parcs et de villes. Ces œuvres alternent entre des motifs paysagers représentés comme des reproductions d’originaux à laquelle il ajoute de la matérialité avec de la peinture. Il s’exprime alors par de larges coups de pinceau.

Gerhard Richter, Vue de la ville de F, 1968
Huile sur toile, 200 × 200 cm
Städel Museum, Frankfurt am Main, Dauerleihgabe der Deutschen Bundesbank; photo: Wolfganz Günzel
© Gerhard Richter

Dans les années 1970 et 1990, Richter produit des paysages sous la forme de constructions fictionnelles. Travaillant la peinture à l’huile, l’impression, les collages de photos et la tridimensionnalité, il crée des paysages et des espaces monumentaux. Les motifs de mers, de montagnes et de nuages sont assemblés de telle manière que leur taille ou leur disposition transcende toute expérience réelle.

Parmi les peintures importantes exposées, citons «Vue de la ville de PX» (1968), de spectaculaires marines venues de Berlin et de Bilbao ou encore la très énergique «Vue de Jungle» (1971).

Gerhard Richter, Vue de la ville de PX, 1968
Huile sur toile, 101 × 91 cm Bayerische Staatsgemäldesamm- lungen, München, Wittelsbacher Ausgleichfonds – Sammlung Prinz Franz von Bayern, 1984; Artothek / photo: Blauel / Gnamm © Gerhard Richter
Gerhard Richter, Marine (mer-mer), 1970
Huile sur toile, 200 × 200 cm Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie; photo: bpk / National- galerie, SMB / Jörg P. Anders © Gerhard Richter
Gerhard Richter, Vue de Jungle, 1971
Huile sur toile, 200 × 200 cm Collection privée, Courtesy Ceylan Ecer; photo: Courtesy Sotheby‘s © Gerhard Richter

La pièce maîtresse de l’exposition est sans conteste l’oeuvre intitulée « St. Gallen » (1989). Mesurant 250 x 680 cm, l’œuvre en deux parties pousse l’abstraction si loin que les lieux en deviennent méconnaissables, même pour les habitants de la ville.

Gerhard Richter, St. Gallen, 1989, 250 x 680 cm. photo: Laetitia Florescu © Gerhard Richter

À partir de 1965, Richter réalise des surpeintures à l’huile non représentatives, en recourant à un large éventail de techniques telles que l’écaillage, le grattage, l’étalement et le raclage. La photographie d’un paysage transmet un motif représentatif par le biais de la reproduction, tandis que la peinture est appliquée sur la surface de manière à produire de l’abstraction. 

Gerhard Richter, Piz Surlej, Piz Corvatsch, 1992
Huile sur photographie, 8,9 × 12,6 cm Collection Peter et Elisabeth Bloch; photo: Christoph Schelbert, Olten © Gerhard Richter

En attendant de visiter l’exposition, le musée propose une vidéo de présentation (Gerhard Richter. Landschaft. Commissariat : Hubertus Butin (Berlin) et Cathérine Hug (Kunsthaus Zürich) © Kunsthaus Zürich).

Gerhard Richter. Paysage
Kunsthaus Zürich
Jusqu’au 25 juillet 2021
www.kunsthaus.ch