L’oeil de l’expert

Tour d’horizon de la profession d’expert en oeuvres d’art

« Celui qui regarde la toile refait le même chemin que l’artiste »
Georges Braque

L’art est devenu une valeur spéculative. Les amateurs et collectionneurs souhaitent garantir leurs investissements en ayant la certitude de l’origine de leur bien. L’expert en art est chargé d’identifier, authentifier ou rejeter une oeuvre pour en déterminer sa valeur. C’est ainsi que la profession d’expert est considérée comme une des pierres angulaires du marché de l’art. Nous avons rencontré Jean-Pierre Seurat, Expert en peintures et sculptures impressionnistes, qui nous détaille la profession d’expert en art.

En quoi consiste la profession d’expert en oeuvres d’art?

L’authenticité constitue un critère de valorisation d’une oeuvre d’art. En tant que garant de l’authenticité, un expert a la lourde tâche de juguler et d’assainir le marché des faux.

Or l’expertise repose sur « l’œil » de l’expert et tous les experts ne voient pas la même chose. Des querelles d’expert ont récemment marqué l’actualité. Parmi les récents exemples, on peut citer la controverse sur l’authenticité d’un carnet de dessins de Vincent Van Gogh ou le fameux Salvator Mundi de Leonard de Vinci qui, depuis son record de vente chez Christie’s en 2017, fait face aux interrogations d’autres spécialistes.

Littéralement, un expert est un connaisseur. Il doit faire preuve d’une excellente maîtrise de l’histoire de l’art en général et d’une période en particulier ainsi que du marché de l’art.

En Europe, la profession d’expert n’est pas réglementée. Elle ne demande ni examen, ni diplôme. Ainsi, un conseiller, un marchand, un courtier ou un simple particulier peut, a priori, se dire « expert ». Or, ce métier complexe exige une véritable éthique pour être exercé dans les règles de l’art.

L’expert généraliste intervient surtout en ventes publiques et donne son avis sur des tableaux d’époques différentes. L’expert spécialiste fait autorité sur un ou plusieurs peintres.

A noter que :

  • les conservateurs de musées travaillant dans le domaine public ne peuvent expertiser des oeuvres du domaine privé;
  • les historiens d’art n’ont pas la fonction d’expert;
  • les héritiers ou ayants-droit d’un artiste ne sont, a priori, pas experts. La parenté, sans autres études approfondies, peut conduire à des excès. Or les héritiers et ayants-droits doivent être considérés à leur juste valeur. Certains font autorité, défendent et protègent l’oeuvre et peuvent avoir réalisé le catalogue raisonné de l’artiste.

Comment se déroule une expertise?

L’expert en œuvres d’art exerce une activité de prestation de services en délivrant des certificats d’authenticité ou des avis contre rémunération.

Des commissaires-priseurs, des institutions, des propriétaires ou futurs acquéreurs d’une oeuvre d’art font appel aux connaissances d’un expert. Ce dernier va étudier l’oeuvre sur photo ou « en vrai » ainsi que les documents à sa disposition pour retracer sa provenance. L’expert ne devrait pas délivrer de certificat sans avoir eu en mains l’oeuvre.

Pour authentifier une oeuvre, un expert va déterminer son origine, sa nature, la technique utilisée, sa période, son auteur et son état de conservation. En effet, il doit pouvoir détecter les altérations, transformations, restaurations et éventuelles réparations.

Comme nous l’explique Jean-Pierre Seurat, « un expert doit savoir reconnaître la main de l’artiste à travers son écriture, sa signature, son dessin, ses touches, son sens de la composition, sa palette de couleurs, ses habitudes et ses particularités, ses matériaux et produits utilisés« .

Il va procéder a une étude comparative à l’aide de tableaux authentiques, de photos, de documents d’archives, éventuellement de dessins préparatoires et ainsi établir des cohérences stylistiques.

Pour ses recherches, l’expert va utiliser des ouvrages de référence comme les catalogues raisonnées (qui recensent l’ensemble des œuvres de l’artiste), des catalogues de vente et toute autre littérature à sa disposition.

Dans certains cas, une collaboration avec un expert scientifique est nécessaire pour déterminer la nature d’un matériau, d’un pigment ou la date de réalisation d’une œuvre.

Quelles sont les obligations de l’expert?

L’expert a une obligation de moyens et non de résultat. Il doit apporter toutes ses connaissances et ses recherches à l’examen de cette oeuvre.

Il doit aussi faire preuve de discrétion et conserver la confidentialité sur les oeuvres qui lui sont proposées.

L’expert doit être impartial. Il effectue ainsi ses recherches de façon objective, sans parti pris, préjugé ou préférence. Il est préférable de ne pas être expert et marchand, autrement dit, juge et partie.

Comment reconnaître un bon expert?

L’expert est une personne choisie pour ses compétences et ses connaissances techniques dans un domaine précis. C’est le marché qui désigne quel expert fera autorité pour tel artiste ou telle spécialité.

Pour Jean-Pierre Seurat, « un bon expert pénètre la personnalité de l’artiste à travers son oeuvre. Il doit tout connaître de sa vie, sa famille, son entourage, ses relations, ses lieux d’habitation, ses voyages, ses expositions, ses marchands, ses collectionneurs etc… » L’expert doit aussi tenir compte de l’évolution de l’artiste, de sa jeunesse à sa maturité.

La fréquentation des galeries, des salles des ventes, des collectionneurs, des historiens, des scientifiques et de ses confrères est indispensable.

Que doit mentionner un certificat d’authenticité?

Le certificat d’authenticité unique délivré par l’expert, le plus souvent manuscrit, devra comporter au verso de la photographie de l’oeuvre sa description complète et précise.

Parmi les mentions obligatoires à figurer sur un certificat d’authenticité, on peut citer:

  • Le nom de l’artiste
  • Le titre de l’oeuvre
  • Avec ou sans signature
  • La technique employée et le support (ex : huile sur toile, gouache sur carton, papier marouflé sur panneau, etc …)
  • Les dimensions
  • Le nom, les coordonnées et la signature de l’expert
  • La date et le lieu du certificat

Pour conclure, l’expertise d’une oeuvre d’art est primordiale: « Un tableau, déclaré authentique, prend toute sa valeur. Un tableau considéré comme un faux, perd toute sa valeur ».

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