« Life » de Olafur Eliasson

Olafur Eliasson plonge la Fondation Beyeler dans l’exploration de deux thèmes essentiels à la vie : la nature et la culture

OLAFUR ELIASSON. LIFE, 2021
Vue d’installation, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, 2021
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson. Photo: Pati Grabowicz

Depuis plus de 25 ans, l’artiste dano-islandais Olafur Eliasson (né en 1967) explore les questions de perception, de mouvement, d’expérience corporelle et la relation entre la perception de soi et le sens de la communauté. L’art est pour lui un moyen essentiel pour passer de la pensée à l’action. Ses œuvres très diverses – incluant sculptures, peintures, photographies, films, installations et médias numériques – ont été exposées dans le monde entier. Au-delà du musée et de la galerie, sa pratique implique le public à travers des projets architecturaux, des interventions dans des espaces publics, l’éducation artistique et l’action climatique.

Olafur Eliasson est un habitué des interventions incluant des éléments de la nature dans les musées. En 2001, il avait rempli des salles du Kunsthaus Bregenz (Autriche) de matériaux naturels tels que l’eau, le brouillard, la terre, le bois, les champignons et diverses plantes. Parmi ses autres projets muséaux, on peut citer The weather project (2003), dans lequel un soleil intérieur lumineux noyé dans la brume, a occupé le Turbine Hall de la Tate Modern à Londres ou encore Riverbed (2014), pour lequel l’artiste a rempli de pierres et d’eau une aile du Louisiana Museum of Modern Art (Danemark).

Dans ses installations, Olafur Eliasson remet en question la façon dont nous percevons notre environnement et notre empreinte sur ce dernier. L’artiste se questionne également sur l’utilisation de nos sens en tant qu’être humain. Que se passe-t-il lorsque nous devenons insensibles à notre environnement ?

Life donne l’impression que la nature a repris ses droits et a envahi la Fondation Beyeler. Le musée semble avoir été inondé d’une eau d’un vert éclatant. Pour obtenir cette couleur presque irréelle, Eliasson a utilisé un colorant non-toxique, l’urarine, généralement utilisé pour étudier le débit des eaux. L’artiste avait déjà eu recours à ce colorant pour le projet Green River (1998-2001) avec lequel il avait teinté six rivières de différentes villes, dont Los Angeles et Stockholm, d’un vert vif.

Cette couleur artificielle rend la présence de l’eau autour et dans la Fondation Beyeler encore plus explicite afin d’inciter le visiteur à avoir une nouvelle relation avec ce qui l’entoure.

OLAFUR ELIASSON. LIFE, 2021
Vue d’installation, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, 2021
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson. Photo: Mark Niedermann

Olafur Eliasson a fait ici appel à l’architecte paysagiste Günther Vogt pour sélectionner des plantes telles que des nénuphars nains, laitues d’eau, fougères aquatiques… et les déposer soigneusement à la surface de l’eau. Pour Vogt : « l’exagération artificielle de ce « vert » [est] passionnante dans le contexte muséal. En fin de compte, la production culturelle du paysage est au cœur de cette idée – car le paysage est toujours une production culturelle. »

OLAFUR ELIASSON. LIFE, 2021
Vue d’installation, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, 2021
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson. Photo: Pati Grabowicz

Pour Eliasson, Life offre aux visiteurs la possibilité de mettre tous ses sens en éveil. Les odeurs de plantes et d’eau, les sons environnants et l’humidité de l’air incitent les visiteurs à dépasser la vision seule pour explorer les œuvres d’art. « Life invite à une « conscience panoramique » au cœur du paysage. Elle suggère que, ce qui est derrière vous, de chaque côté de vous, ou au-dessus de vous est tout aussi important que ce qui est devant vous et au-delà. »

« J’ai l’espoir que « Life » encourage les visiteurs à faire l’expérience d’eux-mêmes dans un paysage élargi – ouvert, incertain – et qu’ils se voient en tant qu’êtres composites au sein d’écologies plus vastes et insoumises. »

Olafur Eliasson

L’artiste perçoit Life comme un paysage « naturelculturel ». Le terme Natureculture a été inventé par la féministe, chercheuse et auteure Donna Haraway. Comme l’explique Eliasson: « Je pense que nous sommes arrivés à un point où nous nous rendons enfin compte que la culture et la nature sont inséparables – en fait, elles l’ont toujours été. Dans mon milieu et dans ma région du monde, nous avions l’habitude de penser que les humains étaient exceptionnels – que nous positionner au-dessus de la nature, dans un rôle de pouvoir, en utilisant et en façonnant la Terre à notre guise était synonyme de réussite. Désormais, nous devons reconnaître que nous sommes un peu moins exceptionnels que nous ne le pensions. Nous devons faire de la place à d’autres. »

OLAFUR ELIASSON. LIFE, 2021
Vue d’installation, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, 2021
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson. Photo: Pati Grabowicz

Le visiteur de Life vient découvrir quelque chose de nouveau pour vivre une expérience au-delà d’un tableau, d’une installation ou d’un musée. Pour Sam Keller, Directeur de la Fondation Beyeler: « Cette œuvre d’art est une expérience collective. Elle remet en question nos conventions en matière d’art, de nature, d’institution et de vie, en tentant d’abolir leurs frontières. Les plantes, les animaux, les êtres humains et les micro-organismes cohabitent dans cette œuvre ».

OLAFUR ELIASSON. LIFE, 2021
Vue d’installation, Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, 2021
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson. Photo: Mark Niedermann

Life – Olafur Eliasson
Fondation Beyeler
Avril – Juillet 2021
www.fondationbeyeler.ch

Le Studio Olafur Eliasson, basé à Berlin, réunit une vaste équipe d’artisans, d’architectes, d’archivistes, de chercheurs, de cuisiniers, d’historiens de l’art et de techniciens spécialisés.
Pour en savoir plus: www.olafureliasson.net

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