Luc Tuymans au Palazzo Grassi

L’artiste belge Luc Tuymans investit les espaces du Palazzo Grassi de Venise

L’exposition de Luc Tuymans « La Pelle » (la peau) fait partie du cycle des monographies consacrées aux grands artistes contemporains, inauguré en 2012 par le Palazzo Grassi. Il s’agit de la première exposition personnelle en Italie de l’artiste né en Belgique en 1958.

L’exposition présente plus de 80 œuvres provenant de la Collection Pinault, de musées internationaux et de collections privées. Elle se développe le long d’un parcours non-chronologique, centré sur la production picturale de Tuymans de 1986 à nos jours.

Luc Tuymans est considéré comme l’un des peintres les plus influents de la scène artistique internationale. Ses modèles sont Van Eyck, Goya, Mondrian et Spilliaert. L’artiste s’est consacré à la peinture figurative depuis le milieu des années 1980 – après avoir fait une pause pendant quelques années pour s’adonner à la réalisation de films. Comme l’explique l’artiste: « j’ai ainsi trouvé la distance nécessaire pour faire des images ». Tuymans va réutiliser cette parenthèse cinématographique tout au long de sa carrière.

Ses œuvres traitent de questions liées au passé – l’artiste a par exemple utilisé des images d’archive de la seconde guerre mondiale, de la colonisation… L’artiste explique que « la cruauté a produit beaucoup plus d’images que le bonheur ». Ses oeuvres abordent également les enjeux contemporains à travers un répertoire d’images personnelles comme son quotidien ou d’images publiques provenant de l’histoire de l’art, la presse, la télévision (Twin Peaks, Big Brothers…), le cinéma ou encore Internet.

Pour le tableau Allo! I, l’artiste va se servir d’images d’écrans de télévision diffusant le film « The Moon and Sixpence » d’Albert Lewin (1942). Tuymans s’est intéressé aux dernières minutes du film restauré qui passe du noir et blanc à une explosion de couleurs.

Luc Tuymans, Allo! I, 2012 Collection privée. Vue de l’exposition « La Pelle » – Luc Tuymans, Palazzo Grassi, 2019 © Arteez

Pour l’oeuvre K, Tuymans s’est inspiré d’affiches publicitaires dont les visages ont été tellement retouchés qu’ils ne ressemblent plus à la réalité. Pour les décontextualiser, il zoome ces visages sans personnalité avec sa « caméra pinceau » et les traite comme des objets.

Luc Tuymans, K, 2017. Collection privée, Singapore. Vue de l’exposition « La Pelle » – Luc Tuymans, Palazzo Grassi, 2019 © Arteez

Dans Instant (2009), Tuymans prend comme sujet une femme qui fait une photographie avec son flash. Une lumière instantanée éblouit le spectateur faisant quasiment disparaitre l’appareil photo et les mains de la photographe. Cette scène ordinaire devient extraordinaire avec l’utilisation de tons orangés.

Luc Tuymans, Instant, 2009 Collection privée. Vue de l’exposition « La Pelle » – Luc Tuymans, Palazzo Grassi, 2019 © Arteez

La lumière est très importante dans l’oeuvre de Tuymans. Elle donne à ses peintures une « falsification authentique » de la réalité. Tuymans fait souvent des tableaux monochromatiques aux couleurs délavées, dans des tonalités chaudes ou froides, avec des perspectives aplaties, donnant une atmosphère étrange voir fantomatique à ses compositions.

Pour Caroline Bourgeois, commissaire de l’exposition : « si Luc Tuymans s’inspire de beaucoup d’images existantes, son parti pris n’est jamais celui de la représentation parfaite, mais au contraire celui de prendre un risque en peignant. Il dit que tout tableau doit comporter un « trou », un défaut, et que c’est dans ce vide que le spectateur peut entrer pour faire du tableau son histoire, sa narration ». Pour la commissaire, « sa démarche est davantage conceptuelle qu’expressive ».

Sur le sol de l’atrium du Palazzo Grassi, une oeuvre a été spécialement conçue pour le lieu. Le visiteur devra prendre de la hauteur pour découvrir une grande mosaïque en marbre qui reproduit Schwarzheide, un tableau peint en 1986 par l’artiste. Cette oeuvre tire son nom d’un camp de travail forcé allemand de la Seconde guerre mondiale. Le carrelage noir et blanc reprend les dessins réalisés en secret par des détenus du camp sur des lanières afin de les dissimuler et d’éviter leur confiscation.  Les rayures font aussi référence aux habits des déportés et les arbres aux forêts qui entouraient les camps afin de masquer l’existence de ces derniers aux habitants des alentours.

Luc Tuymans, Schwarzheide, 2019, mosaïque en marbre réalisée d’après l’huile sur toile éponyme de 1986, Fantini Mosaici, Milan, 960 x 960 cm. Vue de l’exposition « La Pelle » – Luc Tuymans, Palazzo Grassi, 2019 © Arteez

Le travail de Luc Tuymans est représenté dans des nombreux musées tels que le Museum of Modern Art de New York, la Tate Modern à Londres, le Centre Pompidou à Paris ou encore la Kunsthalle à Berne.

Cette exposition est la huitième « carte blanche » que Pinault Collection donne à ses artistes dans le cadre des grandes monographies présentées à Venise. Le palais a déjà accueilli Damien Hirst, Rudolf Stingel, Sigmar Polke ou encore Martial Raysse pour n’en citer que quelqu’uns.

Vue de l’exposition « La Pelle » – Luc Tuymans, Palazzo Grassi, 2019 © Arteez

La Pelle – Luc Tuymans
Palazzo Grassi
Venise
Jusqu’au 6 janvier 2020

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