Rétrospective Mai-Thu Perret au Mamco

Le Mamco de Genève présente une rétrospective de l’artiste suisse d’origine franco-vietnamienne Mai-Thu Perret, l’occasion de revenir sur sa carrière à travers des oeuvres importantes de son parcours artistique.

Mai-Thu Perret est une artiste pluridisciplinaire. Elle expérimente la sculpture, la céramique, la narration, le travail du textile, le film et la performance. Ses références sont multiples. Elle peut s’inspirer des mouvements avant-gardistes du XXe siècle comme des philosophies orientales.

Dans ses différents projets, l’artiste fusionne les méthodologies utilisant ses études littéraires (Université de Cambridge) mais aussi ses expériences curatoriales (elle a notamment été directrice de l’espace d’art indépendant Forde à Genève).

Perret réalise des oeuvres en utilisant la narration. A la fin des années 1990, elle rédige les récits d’une communauté fictive qui prennent la forme d’extraits de journal intime, de chansons ou de notes théoriques.

Son projet intitulé « New Ponderosa » fait référence à une communauté de 16 membres qui vivait dans la ville de Ponderosa. « New Ponderosa Year Zero » est l’histoire d’un groupe de jeunes femmes qui ont décidé de suivre l’activiste Beatrice Mandell en créant une communauté autonome.

Les oeuvres réalisées pour ce projet renvoient au constructivisme et au Bauhaus. Ce sont des objets utilitaires réalisés en céramique, rotin ou textiles mais aussi des expérimentations artistiques. Certains de ces objets sont attribués à l’artiste elle-même ou à l’une des femmes de cette communauté. Perret mélange ainsi dans ce projet la littérature et les arts visuels et la frontière entre l’artisanat et les beaux-arts devient floue.

Mai-Thu Perret déclare: « Je pense vraiment que l’histoire de l’art occidental est dominé par les hommes et je m’intéresse aux histoires qui prennent en compte des figures ou réalités marginalisées/oubliées. J’aime utiliser mon travail comme un espace spéculatif où je peux imaginer différentes histoires à venir ou qui reste à raconter ».

IMG_8867.jpgMai-Thu Perret, New Ponderosa, vue de la Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

Pour son installation « Apocalypse Ballet » conçue pour l’exposition personnelle de Mai-Thu Perret à la Renaissance Society de Chicago en 2006, l’artiste rassemble un ensemble de mannequins et raconte une histoire du corps qui va de la médecine à la politique, en passant par la danse et le cinéma. Ces corps sont mis en scène de manière désindividualisée et instrumentalisée.

Les silhouettes entourent une grande théière dans laquelle le visiteur est invité à entrer car elle sert d’espace de présentation à des peintures abstraites.

IMG_8804.jpgVue de la Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

Pour « Evening of the book » (2007), l’artiste projette sur un papier peint aux motifs constructivistes un film en trois parties: Holes and Neon, The Book et Dance of the Commas. Des danseuses effectuent une chorégraphie élémentaire, des sculptures en forme de virgules ponctuent la scène.

Vue d’un film projeté lors de la rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

Une autre salle du Mamco est consacrée aux « Arts & Crafts ». Cette salle réunit différentes techniques, du kilim à la céramique, dont certaines oeuvres sont présentées comme des tableaux en passant par la peinture sur tissu (moquette industrielle sur laquelle l’artiste a jeté de la peinture) et à l’accrochage de néons au plafond.

IMG_8839.jpgVue de la Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

IMG_8837.jpgVue de la Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

Mai-Thu Perret, The Crack-Up IV, 2009 Acrylique sur tapis monté sur bois 240 x 180 cm © Arteez

Pour le chapitre de l’exposition intitulé « Garden of Nothingness », Mai-Thu Perret propose une pause à ses visiteurs dans un jardin zen d’inspiration japonaise. Dans cette salle conçue comme un paysage, l’artiste a souhaité obstruer les fenêtres du Mamco avec une grande palissade noire spécialement conçue pour l’exposition. Dans ce paysage, l’artiste a accroché ses fameuses cloches en bronze qui représentent trois organes humains: poumons, coeur et utérus. Ces dernières peuvent être « activées » et raisonnent ainsi dans l’espace.

Mai-Thu Perret, Eventail des caresses (Utérus), 2018, Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

Pour la dernière section intitulée « Féminaire », l’artiste nous présente un ensemble de sculptures récentes qu’elle a disposées sur une scène. Ses Guerillères, réalisées en papier mâché, rotin, silicone ou bronze sont habillées de treillis version camouflage, chaussées de rangers et équipées de mitraillettes translucides aux couleurs pop. Ces femmes sont inspirées des résistantes kurdes qui se sont organisées au début de la guerre en Syrie et qui sont devenues grâce à leur médiatisation des icônes.

Mai-Thu Perret, Les Guerillères, Rétrospective Mai-Thu Perret, Mamco, 2018 © Arteez

De nombreux musées à travers le monde ont exposé les oeuvres de Mai-Thu Perret tels que le SFMOMA à San Francisco, la Renaissance Society de Chicago, la Chisenhale Gallery de Londres, le Nasher Sculpture Center de Dallas, le Kunsthaus d’Araau, le Bonnefantenmuseum de Maastricht ou encore la Haus Konstruktiv de Zurich.

La rétrospective au Mamco éclaire le spectateur sur l’habilité de l’artiste à s’approprier les histoires du passé pour les réécrire, mais aussi sur les mélanges de styles et de genre propres à l’oeuvre de Mai-Thu Perret.

La rétrospective, organisée par Lionel Bovier et Julien Fronsacq, avec le soutien de la Fondation de bienfaisance du Groupe Pictet, est à voir jusqu’au 3 février 2019.

IMG_8801.jpgL’artiste Mai-Thu Perret et Lionel Bovier, Directeur du Mamco

MAMCO
Rétrospective Mai-Thu Perret
Musée d’art moderne et contemporain
10, rue des Vieux-Grenadiers | CH-12015 Genève

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