Maurice Denis. Amour

Le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (MCBA) met à l’honneur une figure incontournable de l’art moderne français : Maurice Denis

« Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

Maurice Denis, 1890

Maurice Denis (1870-1943) est un peintre et un théoricien majeur de l’art moderne français qui consacrera entièrement sa vie à l’art, l’amour et la spiritualité.

Maurice Denis, Légende de chevalerie (Trois jeunes prin- cesses), 1893
Huile sur toile, 46,5 × 38,5 cm
Collection particulière
Photo © Droits réservés

L’exposition au MCBA qui présente près de 90 oeuvres de Maurice Denis se concentre sur les débuts de sa carrière d’artiste. « La première période de ma peinture, c’est l’amour… », écrira Denis à la fin de sa vie.

En 1888, Maurice Denis fonde avec ses camarades Paul Sérusier, Pierre Bonnard, Ker-Xavier Roussel et Paul-Elie Ranson, le mouvement Nabi (qui signifie « prophète » en Hébreu). Ce « club des cinq » sera rejoint plus tard par Edouard Vuillard et d’autres artistes comme le peintre suisse Félix Vallotton. Il s’agit d’un mouvement artistique post-impressionniste d’avant-garde, né en marge de la peinture académique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ces jeunes peintres symbolistes sont passionnés d’ésotérisme et de spiritualité. A travers leur art, ils se positionnent dans une quête spirituelle avec une volonté de renouveau esthétique.

Maurice Denis est le théoricien du groupe. Il sera surnommé le « Nabi aux belles icônes ». Denis avait la volonté de créer des images modernes, poétiques et musicales, ancrées dans la nature et dans sa foi chrétienne.

Maurice Denis, La Cuisinière, 1893 Huile sur toile, 81,6 × 59,3 cm Collection particulière
Photo © Droits réservés

Dans ses peintures, Maurice Denis va chercher une simplification décorative et une expression synthétique des formes et des couleurs. Il s’inspirera des oeuvres de Pierre Puvis de Chavannes, des Primitifs, de l’art japonais et, surtout, de Paul Gauguin.

Dans l’oeuvre intitulée « Tâche de soleil sur la terrasse » (1890), Maurice Denis applique les principes synthétistes de Gauguin. Pour ce dernier, le peintre doit se détacher de la réalité pour suivre son instinct et représenter à sa manière le réel. Maurice Denis va ainsi rejeter toute copie objective de la réalité. Les promeneurs sont ici réduits à des silhouettes qui rythment l’espace et font écho à la verticalité des troncs d’arbres. Les couleurs chaudes et froides s’emboitent et les fines guirlandes de lumière qui soulignent les contours évoquent la technique du vitrail cloisonné.

Maurice Denis, Tache de soleil sur la terrasse, 1890 Huile sur carton, 23,5 × 20,5 cm
Paris, musée d’Orsay, acquis en 1986
Photo © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Les Nabis revendiquent le droit de la peinture à être décorative. Stimulés par les estampes japonaises, le groupe abandonne la perspective linéaire et le modelé. Ils adoptent la construction par plans étagés, les grands aplats de couleurs vives et subjectives et les cernes qui cloisonnent les formes.

Maurice Denis, Régates à Perros-Guirec, 1892 Huile sur toile marouflée sur carton, 42,2 × 33,5 cm Paris, musée d’Orsay, acquis par dation en 2001 Dépôt au musée des Beaux-Arts de Quimper Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Dans leurs portraits, les paysages ou les scènes d’intérieur, les Nabis privilégient une organisation décorative de la surface, qui s’appuie sur le pouvoir structurant de l’arabesque et l’accentuation des effets ornementaux.

Maurice Denis, Portrait de l’artiste sous les arbres, 1891 Huile sur toile, 21,5 × 80 cm
Collection particulière
Photo © Catalogue raisonné Maurice Denis / Olivier Goulet

Vers 1900, le groupe des Nabis éclate et chaque artiste s’engage dans une voie plus personnelle. Au moment où l’avant-garde entame sa course vers le formalisme et l’abstraction, Denis prend ses distances avec la transcription immédiate des sensations. Il a la trentaine et se tourne vers un « nouveau classicisme ».

Dès lors, Maurice Denis travaille à des compositions plus réfléchies, ordonnées et mesurées. Il accorde également plus d’importance aux sujets mythologiques et bibliques. La série des Plages montre sa volonté de concilier tradition gréco-latine et humanisme chrétien.

Dans les Baigneuses (Plage au petit temple) de 1906, les femmes et les enfants sont tournés vers l’océan. Le rivage est montré comme le lieu d’une union spirituelle avec la nature, ritualisée par la plongée dans les flots.

Maurice Denis , Baigneuses (Plage au petit temple), 1906 Huile sur toile, 114 × 196 cm
Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts, acquis avec la participation de l’Association des Amis du Musée en 1996 Photo © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

C’est dans l’architecture que Denis ambitionne de redonner sa place à la peinture. Au fil des ans, il s’affirmera comme l’un des acteurs majeurs du mouvement moderne de rénovation du décor profane et sacré, délaissant souvent le chevalet. Les caractéristiques de l’espace à décorer stimulent la créativité du peintre.

Maurice Denis, Avril, 1894. Décor pour plafond. Huile sur toile. Maurice Denis. Amour, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
Photo © Arteez

Le collectionneur Henri Lerolle est un des premiers à commander un plafond à l’artiste. Son beau-frère, Ernest Chausson, possédera jusqu’a 16 peintures de Denis dont 3 plafonds. Pour Avril, réalisé en 1894, Denis peint « un envol tourbillonnant de muses portant des corbeilles de fleurs, rappelant aussi Pierre Puvis de Chavannes. Le soucis décoratif s’y allie à une spiritualité céleste en forme d’apothéose de l’art. » (Jean-David Jumeau-Lafond, historien de l’art, Catalogue Maurice Denis. Amour, de Catherine Lepdor et Isabelle Cahn, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et Éditions Hazan, Paris, 2021).

L’artiste ornera de peintures et vitraux près de cinquante édifices durant sa longue carrière dont le Théatre du Palais de Chaillot à Paris (1937) ou la salle des assemblées du Palais des Nations à Genève (1938).

Maurice Denis s’est inscrit dans la tradition de la grande peinture tout en demeurant un peintre résolument moderne.

Vue de salle / Maurice Denis. Amour
Photo © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Maurice Denis. Amour
Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne
Jusqu’au 16 mai 2021
www.mcba.ch

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