L’approche de la peinture selon Olivier Mosset

L’artiste suisse affiche près de soixante années de carrière au compteur. Retour sur une oeuvre qualifiée de minimale, conceptuelle, « appropriationniste », radicale ou encore « néo-géo »

Une peinture n’a pas besoin de dire qu’elle est de l’art. Elle exprime une sorte de silence qui m’intéresse.

Olivier Mosset

Quelques semaines après le début de la grande rétrospective consacrée à Olivier Mosset au Mamco, le musée genevois a dû fermer ses portes au public en raison de la situation sanitaire actuelle. Nous avons pu visiter l’exposition avant sa fermeture qui devrait durer jusqu’au 21 juin 2020. En attendant que le musée puisse réouvrir, nous vous proposons de revenir sur la carrière de l’une des figures incontournables de la peinture abstraite d’après-guerre.

Les débuts d’Olivier Mosset

Olivier Mosset (*1944) est une référence pour plusieurs générations de peintres européens et américains. L’artiste a commencé sa carrière en tant qu’assistant de Jean Tinguely. En 1964, il peint ses premiers tableaux qu’il intitule : « The End » et « RIP ». Ces oeuvres qui marquent un premier rapport critique à la peinture, ont depuis disparu.

En 1966, Mosset est invité par Jacques Villeglé au Salon Comparaisons. Il y dévoile une nouvelle oeuvre avec la lettre « A ». Cette toile marquera le début d’une série d’oeuvres qui tend à se rapprocher du « degré zéro » de la peinture. L’artiste expérimentera sans grande satisfaction d’autres signes comme les points, les chiffres sur des formats différents jusqu’à ce qu’il commence à peindre son premier cercle en 1966.

Le cercle et le groupe B.M.P.T.

La série de cercles noirs sur fond blanc, centrés sur des châssis de 100 x 100 cm compte parmi les œuvres les plus commentées de cette époque. De 1966 à 1974, l’artiste va produire près de 200 cercles qui vont devenir sa « marque de fabrique ». Mosset voit dans cette composition minimale un idéal pictural et ne se voit pas peindre autre chose. Cette série radicale s’inscrit dans un rapport critique au monde de l’art et à la société de consommation.

Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green

C’est au début de sa période des cercles que Mosset fait la connaissance de Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni. A travers leurs « manifestations » (expositions / happenings) qui auront lieu au cours de l’année 1967, ces artistes vont former un groupe nommé par la critique « B.M.P.T. ». Le groupe partage des préoccupations communes: la recherche d’une neutralité picturale, le rejet du culte de l’artiste, la répétition et une forme d’expression minimaliste. Leurs oeuvres se doivent d’être anonymes et interchangeables. Suite à des désaccords, le groupe met fin à ses activités communes en décembre 1967.

Les tableaux à bandes

Le cercle est devenu la signature d’Olivier Mosset. Il cherche donc à s’en détacher. L’artiste décide alors de s’approprier les rayures de Buren qui sont devenues, elles aussi, indissociables de l’artiste. De 1974 à 1977, Oliver Mosset va peindre une cinquantaine de toiles avec des bandes verticales, d’abord grises et blanches puis colorées.

Les questions d’appropriation vont faire grand bruit pendant l’exposition de ces toiles à la galerie Daniel Templon en 1974 et 1976.

Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green

En 1976, Olivier Mosset est invité par le groupe Ecart (cofondé par son ami John Armleder,Claude Rychner et Patrick Lucchini) à exposer à Genève. Mosset présente une toile composée de bandes blanches sur un fond blanc. Le trait devient quasi invisible et annonce le monochrome.

La période new-yorkaise (1977 – 1986)

En 1977, Mosset s’installe à New-York et redécouvre la grande peinture abstraite américaine. Dans sa recherche réductionniste, il explore la radicalité de la couleur unique et va se rapprocher de Marcia Hafif. Mosset va participer au mouvement Radical Painting aux côtés de Stephen Rosenthal, Doug Sanderson, Phil Sims, Robert Ryman, Susanna Tanger et Howard Smith.

Mosset va réaliser plusieurs monochromes rouges de grand format. En 1986, il expose à la galerie Massimo Audiello de New York plusieurs oeuvres rouges sous le titre The Red Show.

Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green
Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green

C’est aussi pendant ces années new-yorkaises que Oliver Mosset rencontre Steven Parrino. Les deux artistes vont partager le même atelier et un intérêt pour le monochrome. Ils ont aussi en commun les pratiques radicales et la culture « biker ». Mosset et Parrino réaliseront plusieurs oeuvres ensemble, sous la forme de diptyques monochromes, sans que l’on puisse associer l’oeuvre à son auteur. 

Compositions géométriques et shaped canvas

Apres les cercles, les bandes et les monochromes, Mosset revient à des compositions géométriques. L’auteur va titrer ses peintures et jouer sur les composantes fondamentales du tableau comme ses dimensions et ses formes. A partir des années 1990, ses recherches vont aboutir à la production de shaped canvas – pratique déjà utilisée par Frank Stella ou Ellsworth Kelly. Ses tableaux vont devenir ainsi des objets. Mosset va également expérimenter d’autres matières pour réaliser ses oeuvres. Après l’huile et l’acrylique, Mosset va également utiliser des laques industrielles.

Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green
Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green
Vue de l’exposition Olivier Mosset, Mamco, Genève 2020 © Alexia Green

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Reconnu internationalement, Olivier Mosset a représenté la Suisse à la Biennale de Venise en 1990. L’artiste vit depuis 1996 dans la région de Tucson en Arizona et continue sa pratique minimaliste de la peinture dans des séries de shaped canvas.

Artiste anti-marché, il a travaillé avec de nombreuses galeries en Suisse et à l’international dont la galerie lange + pult (Zurich et Auvernier). A l’occasion de la rétrospective au Mamco, la galerie Gagosian de Genève a présenté de nouvelles oeuvres de l’artiste – un ensemble de quatre des shaped canvas en forme de « Diamond ».

Olivier Mosset a inspiré toute une génération d’artistes. Ses oeuvres sont rentrées dans de nombreuses collections privées et publiques comme la Collection Pictet et celle du Migros Museum für Gegenwartskunst.

Vue de l’installation de l’exposition Olivier Mosset, Gagosian, Genève 2020 © Olivier Mosset. Photo: Annick Wetter

Donation Olivier Mosset au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds

En 2007, l’artiste suisse offre une importante collection d’œuvres d’art contemporain au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. L’ensemble contient un nombre important de peintures, dessins, sculptures, objets, installations, photographies, vidéos, estampes et de posters d’artistes majeurs de la seconde moitié du XXème siècle, tant américains qu’européens. Parmi ces artistes, on peut citer Yves Klein, Joseph Beuys, Carl André, Sol Lewitt, Peter Halley ou encore John Armleder. Cette collection permet de mieux comprendre le travail et les goûts artistiques de Olivier Mosset.

1. Yves Klein, La terre bleue, [1957-1988]. Crédit photographique: Pierre Bohrer.
2. Steven Parrino, Bazooka, 1990. Crédit photographique: Pierre Bohrer.
3. Christian Robert-Tissot, Dos au mur, 1960. Crédit photographique: Pierre Bohrer
© Musée des beaux-arts La Chaux-de-Fonds

Olivier Mosset
Mamco, Genève
Jusqu’au 21 juin 2020
www.mamco.ch

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