“Pattern, Decoration and Crime” au MAMCO

Pour son exposition d’automne, le MAMCO de Genève met à l’honneur le mouvement artistique né aux Etats-Unis dans les années 1970-1980 et intitulé “Pattern & Decoration” (aussi appellé “P&D” ou “The New Decorativeness”). S’opposant à l’art minimaliste et conceptuel, ce groupe d’artistes souhaitait remettre au goût du jour les formes mineures telles que les motifs et la décoration. Il réunissait autant d’hommes que de femmes dans un soucis de parité.

Les artistes du mouvement “P&D” ont cherché leur inspiration à l’étranger: on retrouve ainsi dans leurs oeuvres l’art décoratif islamique avec des motifs géométriques et floraux, les mosaïques byzantines et mexicaines, les broderies turques, la gravure japonaise, les tapis indiens ou encore les miniatures iraniennes. Les autres références du mouvement sont l’ornementation utilisée pour les papiers-peints ou encore les tissus imprimées.

Le mouvement revalorise les pratiques artisanales sous-évaluées. Les oeuvres estampillées “P&D” sont à mi-chemin entre le tableau et l’objet issu des arts appliqués.

C’est la galerie Holly Solomon de New York qui a été la première à défendre le mouvement P&D aux Etats-Unis. Son homologue suisse était le galeriste Bruno Bischofberger. Le mouvement réunissait des artistes comme Valerie Jaudon, Tina Girouard, Joyce Kozloff, Robert Kushner, Kim MacConnel, Tony Robbin, Miriam Schapiro, Ned Smyth, Mario Yrisarry et Robert Zakanitch. Ces derniers ont été ensuite rejoints par Cynthia Carlson, Brad Davis, Richard Kalina et Jane Kaufman, puis  Rodney Ripps, Betty Woodman, George Woodman ou encore Joe Zucker.

Les artistes du mouvement P&D ont connu un véritable succès durant cette période. Leurs oeuvres étaient très recherchées aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Dans les années 1980, le mouvement a toutefois été largement rejeté par la critique. Une des raisons considérées était que le mouvement était associé à l’art féministe. Pour le critique d’art Holland Cotter dans son article du New York Times intitulé “Scaling a Minimalist Wall With Bright, Shiny Colors“, datant du 15 janvier 2008: “l’art associé au féminisme a toujours eu une presse hostile. Et il y avait la beauté. Dans le néo-expressionniste et le néo-conceptualiste de la fin des années 1980, personne ne savait quoi faire des cœurs, des fleurs turques, du papier peint et des arabesques.”

Il a fallu attendre 2008 pour qu’une grande exposition soit consacrée au mouvement P&D. Dans son exposition intitulée  “Pattern and Decoration: An Ideal Vision in American Art, 1975-1985“, le Hudson River Museum de New York visait à rétablir la réputation du mouvement. Le public d’aujourd’hui semble plus apte à comprendre et apprécier les oeuvres de cette période. Pour H. Cotter, “Grâce au multiculturalisme et aux politiques identitaires, nous savons mieux quoi en faire maintenant. Les horizons du monde de l’art sont infiniment plus vastes qu’ils ne l’étaient il y a deux décennies.”

L’exposition est à voir jusqu’au 2 février 2019.

MAMCO-2018-Pattern-Decoration-Crime-Annik-Wetter-01.jpgVue de l’exposition “Pattern, Decoration and Crime”, MAMCO 2018/2019
© Annik Wetter-MAMCO Genève

MAMCO-2018-Pattern-Decoration-Crime-Annik-Wetter-03.jpgVue de l’exposition “Pattern, Decoration and Crime”, MAMCO 2018/2019
© Annik Wetter-MAMCO Genève

MAMCO-2018-Pattern-Decoration-Crime-Annik-Wetter-05.jpgVue de l’exposition “Pattern, Decoration and Crime”, MAMCO 2018/2019
© Annik Wetter-MAMCO Genève

MAMCO-2018-Pattern-Decoration-Crime-Annik-Wetter-06.jpgVue de l’exposition “Pattern, Decoration and Crime”, MAMCO 2018/2019
© Annik Wetter-MAMCO Genève

MAMCO
Pattern, Decoration and Crime
Du 10 octobre 2018 au 2 février 2019

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