Rencontre avec le photographe Pierre-Alain Folliet

La galerie ArtDynasty située en vieille-ville de Genève présente le photographe Pierre-Alain Folliet pour sa nouvelle série sur l’Antarctique. Démarche esthétique et découverte d’un continent, le photographe nous raconte la façon dont il a appréhendé un tel endroit.

Pierre-Alain Folliet est un habitué des projets à long terme. Son travail sur les Huang Shan ou Montagnes Jaunes, qui comptent parmi les cinq  montagnes sacrées de Chine, a duré près de sept années. Il développe une relation physique étroite avec l’environnement dans lequel il travaille, se mêlant profondément à la nature qu’il a choisi de représenter.

Ses sources d’inspirations sont les îles des Lavezzi au sud de la Corse qui sont “très graphiques et appellent à un travail sur les formes”, tout comme sa série sur le désert de Liwa près d’Abu Dhabi ou encore les montagnes de Chine où le photographe a choisi de travailler le panoramique en vertical.

Dans sa quête photographique d’esthétique et de pureté, il entame un long voyage pour sa série sur l’Antarctique. Au départ d’Ushuaia, il part pour 21 jours de mer à la découverte d’un continent exceptionnel en pleine mutation.

Folliet galerie 3 photos.jpgVue de l’exposition de Pierre-Alain Folliet à la ArtDynasty Gallery Geneva © Arteez

Le photographe nous raconte: “Les icebergs ne se laissent pas facilement approcher. Pour la prise de vue du petit iceberg allongé, le capitaine russe du bateau le met en garde: “Only 2 kilometers long, 120 meters high, I can go very close only if you like to swim in very cold water.” Le photographe ajoute: “85% de la masse est sous l’eau et avec la salinité, il y a seulement 13% visible. L’iceberg peut se casser ou se retourner”. Au-delà des contraintes liées au continent, le périmètre de securité à respecter pour la prise de vue est de 500m autour de l’iceberg, ce qui donne aussi le recul nécessaire pour photographier l’iceberg dans son intégralité.

Iceberg Galerie.jpgVue de l’exposition de Pierre-Alain Folliet à la ArtDynasty Gallery Geneva © Arteez

Pour retranscrire les conditions difficiles en Antarctique, Pierre-Alain Folliet choisi le très grand format.  Ainsi, devant ses photos, on ressent le choc visuel que le photographe a pu ressentir face aux éléments: on ressent le froid, le vent dont les rafales sont allées jusqu’à 120km/h, la mer qui bouge, on plonge dans ces paysages quasi irréels. Comme nous l’explique le photographe: “c’est le mystère… Sur le pont du bateau, la température baisse de 5 ou 6 degrés d’un seul coup. C’est l’iceberg qui fait ça mais on ne le voit pas encore. Quelques minutes plus tard, l’iceberg commence à apparaitre”. Brouillard aidant, ce dernier semble être un vaisseau fantôme venu de nulle part.

P-A Folliet a une relation quasi physique avec ses projets. “Ce qui m’intéressait, c’était d’être face à cette nature. On se sent très petit. La glace qui a près de 2000 ans est comme un témoin de l’histoire. On entre dans un temps géologique qui est très different. Ce n’est plus un temps à notre échelle”.

Le photographe ne travaille quasiment qu’en noir et blanc. Or, pour cette série, il choisit la couleur: “parce que c’est très monochrome. C’est bleu. Il était intéressant de faire ressortir toutes ces nuances de bleu. Le turquoise en noir et blanc ne donne rien du tout.”

Le photographe poursuit: “Pour l’Antarctique, il se passe des choses différentes avec le travail de la glace. On reste dans le monochrome mais avec tous les bleus qu’offre la glace dans ses different âges, la mer ou encore le ciel. Une glace qui a 2000 ans n’a pas la même couleur qu’une glace qui a 20 ans. Nous ne sommes pas en noir et blanc mais en bleu et blanc”.

folliet 3© Pierre-Alain Folliet

P-A Folliet ne retravaille ses photos qu’en terme de colorimétrie “en fonction du papier utilisé pour le tirage, où il est très difficile d’avoir les bleus justes”. Il poursuit: “le travail sur l’image est uniquement fait pour que la retranscription finale soit fidèle à ce que j’ai ressenti. Je suis assez peu dans les artifices. Tout le travail est fait derrière l’objectif”.

Ces magnifiques photographies seront exposées à la ArtDynasty Gallery de Genève jusqu’à fin février 2018.

folliet 5.jpg © Pierre-Alain Folliet

folliet gris.jpg © Pierre-Alain Folliet

folliet 2.jpg © Pierre-Alain Folliet

Folliet.jpg © Pierre-Alain Folliet

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