Pipilotti Rist : plongée dans son mode fantastique

Au cours des 30 dernières années, l’artiste suisse Pipilotti Rist a acquis une réputation internationale à travers ses vidéos expérimentales et ses installations. Mêlant la vidéo, la sculpture et les bandes sonores, ses environnements éblouissants plongent le spectateur dans des projections colorées qui explorent la relation entre la nature, le corps, le genre, la sexualité et la technologie.

MCA - Pipilotti Rist - Japsen (HighRes).jpgMuda Mathis & Pipilotti Rist, Japsen (still), 1988, single- channel video, sound, colour, courtesy the artists, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © Muda Mathis, Pipilotti Rist

Elisabeth Charlotte Rist est née en 1962 et a grandi à Grabs, dans le Canton de Saint Gall, près de la frontière suisse avec le Liechtenstein. Son nom d’artiste vient de son surnom quand elle était enfant “Lotti” et de Pippi Longstocking (Fifi Brindacier), la celèbre héroïne des livres pour enfant d’Astrid Lindgren. Son père était médecin et sa mère enseignante. Son enfance aurait pu être banale sans la tendance de cette dernière à inviter quiconque avait besoin d’un lit. Grâce à la générosité de sa mère et aux multiples rencontres avec ces invités de passage, Pipilotti se rend compte qu’il y a un monde plus vaste qu’elle a hâte d’explorer.

Pipilotti poursuit des études d’illustration et de photographie à la Haute Ecole d’Arts Appliqués de Vienne. Entre 1988 et 1994, elle rejoint un groupe de musique pop suisse féminin “Les Reines Prochaines”. Elle y réalise des performances, des spectacles de lumières en utilisant des projecteurs, des diapositives colorées et un film Super 8. Forte de cette expérience, elle choisit finalement la création de visuels et se tourne vers l’art vidéo. Elle prend des cours à l’Ecole de Design de Bâle. A l’époque, les principaux représentants de cet art sont Nam June Paik, Bruce Nauman ou encore Valie Export. En 1986, elle realise le film qui changera sa vie: “I’m not the girl who misses much“. Elle se retrouve seule avec sa caméra sur un trepied et commence à chanter la première ligne de la chanson des Beatles: Happiness is a warm gun.

Entre 1990 et 2001, elle poursuit son travail sur la vidéo et les installations vidéos à Zurich. Elle met à profit les défauts de l’image, utilise les techniques du brouillage, du flou et du renversement.

Son oeuvre signature est la vidéo de 1997 “Ever is Over All“. Une jeune femme souriante vécue d’une robe turquoise qui pourrait faire penser à Alice au Pays des Merveilles, déambule dans une rue bordée de voitures et porte une fleur sur une longue tige à la main. Soudain, elle se tourne vers une voiture et brise la vitre avec sa fleur. Une policière la croise mais au lieu d’intervenir, les deux femmes se saluent et la joyeuse destruction continue.

MCA - Pipilotti Rist - Ever Is Over All (still) - 1997 (HighRes).jpgPipilotti Rist, Ever Is Over All (still), 1997, single channprojectors, players, sound system, paint, carpet, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist

Au fil des ans, les installations de Pipilotti Rist prennent de l’ampleur. Elle deviennent tridimensionnelles, souvent accompagnées de musique saturée et dissonante et de l’étreinte chaleureuse d’un lit ou d’un canapé mis à la disposition du spectateur qui plonge ainsi dans des visions oniriques, à travers des enchaînements d’images sans structure narrative. Ses installations prennent ainsi des noms évocateurs comme “Sip my Ocean”, “Administering Eternity” ou encore “Worry Will Vanish Horizon”.

MCA - Pipilotti Rist - Gnade Donau Gnade (2) (HighRes).jpgPipilotti Rist, Gnade Donau Gnade2, from the Mercy Garden Family, 2013–15, installation view, Komm Schatz, wir stellen die Medien um & fangen nochmals von vorne an, Kunsthalle Krems, Krems, Austria, 2015, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist, photograph: Lisa Rastl

Pipiloti RistPipilotti Rist, Gnade Donau Gnade (Mercy Danube Mercy), 2014, installation view, Komm Schatz, wir stellen die Medien um & fangen nochmals von vorne an, Kunsthalle Krems, Krems, Austria, 2015, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist, photograph: Lisa Rastl

Pipilotti Rist_MCA_credit_Ken Leanfore-81 (high res).jpgPipilotti Rist, installation view, Pipilotti Rist: Sip my Ocean, Museum of Contemporary Art Australia, Sydney, 2017, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist, photo: Ken Leanfore

L’artiste cherche a faire ressentir une joie au visiteur: “I want people to be caressed by the light” dit Rist. “I hope that the next day, when they go outside, they are more sensitive to the temperature of the light – that they see things they haven’t seen before.” Le critique d’art New Yorkais Peter Schjeldahl a décrit l’artiste comme “une évangéliste du bonheur”. Ainsi le visiteur ne devrait pas sortir indemne d’une exposition de Pipilotti Rist, qui devient une véritable expérience artistique, sensuelle et poétique.

Pipilotti Rist_MCA_credit_Ken Leanfore-29 (high res).jpgPipilotti Rist, Pixelwald Motherboard (Pixelforest Mutterplatte), 2016, installation view, Pipilotti Rist: Sip my Ocean, Museum of Contemporary Art Australia, Sydney, 2017, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist, photo: Ken Leanfore

MCA - Pipilotti Rist - Administrating Eternity - 2011 (3) (HighRes).jpgPipilotti Rist, Administrating Eternity, 2011, installation view, Komm Schatz, wir stellen die Medien um & fangen nochmals von verne an, Kunsthalle Krems, Krems, Austria, 2011, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © Pipilotti Rist, photograph: Lisa Rastl

 

Pipilotti Rist MCA Kids Opening_credit_Daniel Boud_25 (high res).jpgPipilotti Rist, Pixelwald Motherboard (Pixelforest Mutterplatte), 2016, installation view, Pipilotti Rist: Sip my Ocean, Museum of Contemporary Art Australia, Sydney, 2017, courtesy the artist, Hauser & Wirth and Luhring Augustine © the artist, photo: Daniel Boud

Preuve de sa reconnaissance mondiale, l’artiste expose actuellement au Museum of Contemporary Art de Sidney, en Australie, jusqu’en février 2018. L’exposition intitulée “Sip my ocean” présente le spectre de la pratique révolutionnaire de Pipilotti Rist, de ses premières vidéos dans les années 1980 à ses installations audiovisuelles à grande échelle.

Pipilotti RistPortrait de Pipilotti Rist © Daniel Boud

 

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