Rasheed Araeen au MAMCO

L’artiste Rasheed Araeen s’installe jusqu’au 9 septembre au MAMCO de Genève à l’occasion de la rétrospective la plus complète jamais consacrée à l’artiste d’origine pakistanaise (Karachi, 1935). Structurée autour de cinq chapitres, l’exposition présente un ensemble d’œuvres créées sur plus de 60 ans et déployées de manière chronologique sur deux niveaux du musée. Ce corpus protéiforme explore un large éventail de médiums et n’a de cesse de questionner le récit moderniste de l’histoire de l’art, produit de l’hégémonie occidentale et de son élite artistique.

Après ses premières expérimentations picturales à Karachi dans les années 1950-1960, Araeen s’installe à Londres en 1964 où il découvre les sculptures métalliques abstraites d’Anthony Caro. L’artiste y développe alors ses Structures basées sur l’usage de formes simples et la notion de symétrie – une notion centrale dans le travail d’Araeen, reflet de sa conviction de fonder un monde plus égalitaire à travers les arts.

Dès les années 1970, l’engagement politique de l’artiste croît face au racisme qui frappe la Grande-Bretagne et l’eurocentrisme de sa scène artistique. Rasheed Araeen découvre alors la théorie post-coloniale (pour une décolonisation de l’histoire de l’art ainsi que d’autres formes d’expression artistique) et adhère au mouvement des Black Panthers. Sa pratique s’élargit, incluant collages, photographies, installations, performances, écriture et édition – des investigations artistiques qui mèneront à la séries des Cruciforms des années 1980-1990.

Véritables « cartographies » d’idéologies et de visions du monde antagonistes, les Cruciforms juxtaposent des éléments disparates et fragmentaires : icônes de l’histoire de l’art tels que la Marilyn d’Andy Warhol, symboles religieux, références à la scène politique internationale. Ces œuvres partagent la même structure élémentaire, une grille de neuf panneaux dont le centre donne naissance à une croix, forme récurrente dans le vocabulaire artistique d’Araeen dès les premières Structures. Les monochromes verts qui ponctuent cette série possèdent une polysémie particulière, évoquant simultanément la couleur verte caractéristique des cultures de l’Islam et l’histoire de l’art occidentale à travers la référence aux monochromes de Kazimir Malevitch.

Sont présentées à l’étage les œuvres plus récentes de l’artiste, deux séries réunies sous les titre de Home coming et Opus. Ce retour à la peinture abstraite s’inspire des noms d’intellectuels de l’âge d’or de la civilisation islamique (750-1258) de même que de l’artisanat islamique. Araeen y superpose encore une fois des grilles de lectures hétérogènes par un jeu de références multiples à l’Islam et au vocabulaire visuel de l’Occident. La visite se termine par la Reading Room où sont réunis plusieurs travaux éditoriaux de l’artiste, dont la revue Third Text (1987 et 2011) centrée autour de la question de l’intégration des cultures non-occidentales à la scène artistique internationale.

Enfin, l’exposition We Began by Measuring Distance sert de pendant à la rétrospective consacrée à Araeen, présentant des artistes nés dans les années 1960-1980 et issus d’origines culturelles variées. Témoins de la globalisation du monde l’art, ces artistes ont souvent recours à la carte de géographie afin d’exprimer des réalités sociales, politiques ou personnelles d’une brûlante actualité. The Mapping Journey Project de Bouchra Khalili cartographie le parcours de migrants entrés illégalement en Europe, tandis que l’œuvre de Marwan Rechmaoui reproduit en caoutchouc gravé la carte morcelée de la ville de Beyrouth. Ces œuvres révèlent le besoin humain de se situer dans le monde, mais questionnent également la légitimité des cartes de géographie, tracés arbitraires souvent établis sous l’impulsion d’une culture dominante.

MAMCO-2018-Rasheed-Araeen-Annik-Wetter-14.jpgRasheed Araeen, Vue de l’exposition au Mamco Genève, 2018. Photo Annick Wetter – Mamco Genève

MAMCO-2018-Rasheed-Araeen-Annik-Wetter-18.jpgRasheed Araeen, Vue de l’exposition au Mamco Genève, 2018. Photo Annick Wetter – Mamco Genève

MAMCO-2018-Rasheed-Araeen-Annik-Wetter-10.jpgRasheed Araeen, Vue de l’exposition au Mamco Genève, 2018. Photo Annick Wetter – Mamco Genève

MAMCO-2018-Vernissage-Mai-Julien-Gremaud-HD-33.jpgRasheed Araeen, Vue du vernissage de l’exposition au Mamco Genève, 2018. Photo Team Mamco Genève

MAMCO-2018-Vernissage-Mai-Julien-Gremaud-HD-28.jpgVue du vernissage de l’exposition au Mamco Genève, 2018. Photo Team Mamco Genève

Rasheed Araeen, une rétrospective
MAMCO, Genève
Jusqu’au 9 septembre 2018

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