Rencontre avec Sébastien Mettraux

Sébastien Mettraux est un artiste suisse qui vit et travaille à Vallorbe. Ses préoccupations artistiques et philosophiques nourrissent sa pratique. Son environnement direct, lié à son héritage helvétique, est sa première source d’inspiration.

Fasciné par de nombreux thèmes comme la condition humaine, le transhumanisme ou encore les innovations technologiques, il peint aussi bien des bunkers, des promotions de villas de luxe, des danses macabres, des machines industrielles à la manière de natures mortes ou encore des memento mori modernes.

Rencontre avec un artiste sincère et passionné qui nous raconte son parcours artistique.

Les séries de « paysages »

En 2004, l’artiste commence une série de peintures à l’huile faisant référence aux lieux clos (Dernier paysage I de 2004 à 2011). A travers la représentation de bunkers, caves et autres abris anti-atomiques, Mettraux se questionne sur ce à quoi pourrait ressembler le dernier paysage que l’on serait amené à voir en cas de catastrophe. Il nous explique : « dans les années 1990, on parlait d’ouverture, il y avait un esprit libertaire, tout avait l’air possible. Puis, dans les années 2000, on a eu la peur du bug de l’an 2000, des crises, des virus comme le H5N1». C’est donc ce climat d’insécurité́ et de paranoïa qui a inspiré l’artiste pour cette première série de toiles qui a reçu différentes distinctions dont le Prix fédéral d’art (Office fédéral de la culture, Berne) et le Prix Kiefer Hablitzel (Fondation Kiefer Hablitzel, Berne).

Sébastien Mettraux, Dernier Paysage I. Courtesy the artist

Pour sa série Dernier paysage III (visions du paradis), l’artiste se questionne sur les notions du bonheur en se réappropriant des visuels de promotion immobilière. « Je faisais des recherches sur l’image du paradis depuis la Renaissance et j’ai pu trouver trois constantes : la végétation, l’eau et la verticalité. Ces images de villas lémaniques de luxe sont pauvres en architecture mais c’est l’image du bonheur que l’on vend. J’ai repris ces visuels sans les personnages. Ils deviennent ambigus, froids et inquiétants. En même temps, ces toiles rentrent en dialogue avec des peintres lémaniques comme Félix Vallotton ou Ferdinand Hodler car on retrouve toujours un élément du lac, un reflet de l’eau. » 

Sébastien Mettraux, Dernier paysage III (visions du paradis). Courtesy the artist

La série Ex Machina

Avec l’obtention de la Bourse Leenaards en 2015, Sébastien Mettraux commence une nouvelle série intitulée « Ex Machina ». Avec cette série, il s’intéresse aux machines industrielles. Ayant financé ses études en travaillant dans différentes usines de sa région, l’artiste a développé un rapport particulier avec la machine, sa fonctionnalité et le monde industriel en général. Comme il nous raconte : « beaucoup d’artistes se sont intéressés au thème de la machine comme les futuristes italiens, les surréalistes ou encore les hyperréalistes ». Lui voit un coté totémique dans ces machines. « Contrairement à un peintre hyperréaliste, je ne m’intéresse pas à respecter le moindre détail ou les éléments qui donnent une idée d’échelle comme la prise électrique ou le bouton d’urgence. Tout est supprimé pour garder l’essence sculpturale de l’objet ». 

Décontextualisées, ces machines deviennent des natures mortes qu’il aborde de manière classique en y ajoutant des technologies numériques. Mettraux commence son travail en prenant des photos à partir desquelles il va réaliser des esquisses. En tant qu’enfant du numérique, il utilise la 3D. «J’ai grandi avec des jeux vidéos 3D ou des films comme Toy Story. Je suis la première génération à avoir pu s’approprier ces technologies ». 

Son travail est classique car il utilise de la peinture à l’huile, le clair-obscur, le modelé ou encore la perspective mais il y ajoute les technologies actuelles : « toute ma peinture vient du virtuel et de choses recomposées ».

Exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019. Courtesy the artist and Gowen Contemporary
Exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019. Courtesy the artist and Gowen Contemporary

La série Vanités 

Comme une suite logique de l’intérêt de Mettraux pour la machine, la série Vanités (réalisée depuis 2018) réinterprète les codes classiques de la vanité en utilisant l’iconographie de l’industrie médicale. «J’ai fait des recherches sur ces vanités et j’ai voulu utiliser la symbolique de certains éléments comme des végétaux». Ainsi le chardon, symbole de la Passion du Christ dans l’histoire de l’art, vient dialoguer avec une prothèse de hanche ou encore l’orchidée avec des implants spinaux.

Les thèmes de la réparation, du prolongement du corps et du mouvement sont ainsi abordés. La notion d’exaltation est aussi présente avec la question de savoir si un jour, l’homme va devenir un « humain augmenté ». Mais ces sont aussi les thèmes de la mort et du temps qui passe qui sont évoqués dans ces toiles. 

Vue de l’exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019 ©Julien Gremaud

Des monochromes au « Bleu de Prusse pharmaceutique »

Un autre travail original de l’artiste vient de sa réinterprétation du monochrome. Au lieu d’utiliser le pigment « Bleu de Prusse » destiné aux peintres, il réalise ses monochromes avec le pigment pharmaceutique Radiogardase® qui est un antidote au césium 137, utilisé en cas de catastrophe nucléaire. Réalisés à la tempera à l’œuf pour rester comestible, ses toiles contiennent le nombre exact de capsules que l’être humain aurait besoin d’ingérer en cas de contamination. « C’est comme un monochrome de survie ». 

Exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019. Courtesy the artist and Gowen Contemporary

Réaliser une œuvre qui a du sens

Sébastien Mettraux est exigeant dans sa pratique artistique. « Dans mon travail, il n’y a jamais l’usage de scotch ou de règle. Les lignes sont composées par les couches mises côte à côte ». L’artiste peut passer jusqu’à 250 heures par toile. « J’ai choisi le chemin le plus long, comme les horlogers qui peuvent passer des heures à polir des angles d’une seule pièce que l’on ne voit pas ».

Son travail est profondément conceptuel. Il s’est fixé une règle qui réunit trois points essentiels pour que son travail ait du sens. Chacune de ses œuvres doit ainsi faire référence à l’histoire de l’art, à notre société ou notre environnement et enfin à son histoire personnelle. 

Collaboration avec la galerie Gowen Contemporary

L’artiste est depuis peu représenté par la Galerie Gowen Contemporary de Genève. Il y présente jusqu’au 29 juin 2019 une exposition personnelle avec des travaux récents issus des séries Ex Machina et Vanités mais aussi des monochromes, des gravures et des sculptures.

Vue de l’exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019 ©Julien Gremaud
Vue de l’exposition Sébastien Mettraux, Galerie Gowen Contemporary, Genève, 2019 ©Julien Gremaud

Sébastien Méttraux
Gowen Contemporary
Genève
Du 3 mai au 29 juin 2019

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