Giacometti sur les traces de Rodin

Après avoir été présenté aux côtés de Bacon à la Fondation Beyeler en 2018, la Fondation Gianadda propose un autre éclairage des oeuvres de Giacometti en les comparant à celles de Rodin

Alberto Giacometti. La Clairière, 1950. Bronze, 58,7 x 65,3 x 52,5 cm Fondation Giacometti, Paris © Succession Giacometti, 2019, ProLitteris Zurich

La Fondation Pierre Gianadda fête cette année son quarantième anniversaire et propose pour l’occasion l’exposition Rodin-Giacometti, deux icônes qui ont marqué l’histoire du XXe siècle mais également celle de la Fondation. Créée en partenariat avec le Musée Rodin et la Fondation Giacometti de Paris, cette exposition est la première à souligner les liens possibles entre les deux artistes. Quelque 130 œuvres, sculptures, dessins et photographies sont exposées sur ce thème. 

La Fondation réunit pour la première fois les œuvres de ces deux génies de la sculpture : celles du précurseur Auguste Rodin (1840-1917) avec ses références à l’art antique et à la mythologie et celles d’Alberto Giacometti (1901-1966) avec ses figures filiformes et solennelles.

Rodin a disparu depuis cinq ans lorsque Giacometti arrive à Paris pour suivre l’enseignement d’Antoine Bourdelle, qui fut étudiant, assistant et grand admirateur de Rodin. Pendant ses études, Giacometti découvre le cubisme, l’art africain et la statuaire grecque. Après une période néo-cubiste, il rejoint à la fin des années 1920 l’aventure surréaliste mais cette parenthèse est de courte durée et dès 1935, il revient à la pratique du modelage d’après modèle vivant. Il lit plusieurs ouvrages sur Rodin et souligne son intérêt et son admiration pour le processus créatif du sculpteur. Dans les années d’après-guerre, Giacometti insiste de plus en plus sur le modelé procédé de ses sculptures comme Rodin. Le modelé de Rodin est énergique, encore vivant sous le bronze, laissant voir le travail de la terre glaise. Chez Giacometti, le modelé devient caractéristique dans ses figures élancées.

(Gauche) Auguste Rodin. Buste d’Eugène Guillaume, 1903. Bronze, 46 x 33 x 27 cm. Musée Rodin, Paris © Agence photographique du musée Rodin –Pauline Hisbacq

(Droite) Alberto Giacometti. Buste d’Annette, 1962. Bronze, 46.2 x 26.5 x 16.2 cm. Fondation Giacometti, Paris © Succession Giacometti, 2019, ProLitteris Zurich

La recherche de l’expression chez Rodin se caractérise par une attention aux traits du visage, parfois au seuil de la caricature. La déformation, accentuée par le travail du modelé et de l’assemblage, aboutit à une expressivité très forte. Lorsque les sculptures de Giacometti s’affinent, se resserrent et s’allongent, le sculpteur précise que selon sa perspective, les déformations ne sont pas volontaires ni expressives mais une conséquence de sa volonté d’élaborer la figure selon sa vision. Certaines déformations portent parfois une forte charge expressive comme dans la sculpture « Le nez ».

Alberto Giacometti. Le Nez, vers 1947 – 50. Plâtre, 43 x 9,7 x 23 cm Fondation Giacometti, Paris © Succession Giacometti, 2019, ProLitteris Zurich

Les deux artistes sont influencés par la tradition et par les maîtres italiens. La relation de Rodin à l’art ancien remonte à son apprentissage où il réalise des copies d’après les maîtres ainsi qu’un voyage en Italie en 1875. De ce dernier, il retiendra son passage à Florence où il découvre l’univers de Michel-Ange et Rome pour la statuaire antique. De la même façon Giacometti commence à copier Rembrandt, Van Eyck et voyage en Italie à partir de 1920. Il découvre Bellini, Tintoret et Giotto.

(Gauche) Alberto Giacometti. Homme qui marche II, 1960. Plâtre, 188,5 x 29,1 x 111,2 cm Fondation Giacometti, Paris © Succession Giacometti, 2019, ProLitteris Zurich

(Droite) Auguste Rodin. L’Homme qui marche, grand modèle, 1907. Plâtre, 219 x 160 x 73,5 cm Musée Rodin, Paris © Musée Rodin – photo Hervé Lewandowski

L’exposition se conclut avec un espace dédié aux grands formats qui comptent parmi les œuvres iconiques des deux artistes. En 1907, Rodin réalise L’Homme qui marche selon l’étude des jambes du Saint Jean-Baptiste et d’un torse. Cette sculpture est considérée comme le symbole de la création pure et apparaît comme l’image même du mouvement. En 1960, Giacometti réalise sa propre version de l’Homme qui marche II, considérée comme sa sculpture la plus importante et comme un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art. Elle montre à l’évidence que Giacometti a regardé attentivement l’œuvre de Rodin. De ces sculptures ressort la capacité des deux artistes à magnifier la fragilité de l’existence humaine et à en exprimer toute la précarité. 

Vue de l’exposition Rodin-Giacometti, présentée à la Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 2019 © Fondation Gianadda

L’exposition est à voir jusqu’au 24 novembre 2019.

Rodin-Giacometti
Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse
www.gianadda.ch

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