Soulages: le noir comme identité artistique

La Fondation Pierre Gianadda de Martigny, en Suisse, qui fête cette années les 40 ans de sa création, présente Soulages. Une rétrospective.

 

Figure majeure de l’abstraction, Pierre Soulages est reconnu comme l’un des plus grands peintres de la scène française contemporaine pour son œuvre qui traverse la seconde partie du XXe et le début du XXIe siècles.

Ses toiles où le noir domine sont très vite remarquées tant elles diffèrent de la peinture abstraite des autres artistes de l’après-guerre.

Dès 1948, il est mis sur le même plan que ses aînés d’une génération qui sont Hans Hartung, Maria-Helena Vieira da Silva ou encore Jean Bazaine. L’artiste est également considéré comme le pionnier de l’abstraction de l’« École de Paris ».

«Soulages choisit très jeune la couleur qui porte toutes les autres : le noir. Il y reste très attaché, si bien qu’elle participe de son identité artistique. Majeure dans son art, elle se décline, selon les outils avec lesquels elle est appliquée, en surfaces lisses ou accidentées, qui révèlent une lumière multiple et insoupçonnée». (Extrait de Camille Morando, Soulages, Paris, éd. Centre Pompidou, 2015)

Peinture 324  x 362 cm 1985.jpgPeinture 324 x 362 cm, 1985, Polyptyque composé de 4 panneaux Huile sur toile, 324 x 362,5 cm, Centre Pompidou, MNAM-CCI Paris, Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN- Grand Palais – © Philippe MIGEAT © ADAGP, Paris © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

L’exposition présente une trentaine d’oeuvres réalisées entre 1948 et 2017. Certaines proviennent du MNAM-CCI Centre Pompidou. L’ensemble est composé de seize peintures dont deux goudrons sur verre, trois brous de noix et cinq dessins. D’autres oeuvres comme trois brous de noix ont été prêtées par le Musée Soulages de Rodez. Enfin, quelques oeuvres proviennent de collections particulières.

Peinture sur papier 65x50 cm, 1948.jpgBrou de noix sur papier 65 x 50 cm, 1948-1, Brou de noix sur papier marouflé sur toile Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris, Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dis. RMN-Grand Palais – © Philippe MIGEAT © ADAGP, Paris © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

Peinture 46 x 33, 16 juin 1953 Photo ©Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais _Philippe Migeat © ADAGP, Paris.jpgPeinture 46 x 33 cm, 16 juin 1953, Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris, Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN- Grand Palais © ADAGP, Paris © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

Brou de noix sur papier 76 x 75.5, 2003.jpgBrou de noix sur papier, 76 x 75,5 cm, 2003, Musée Soulages, Rodez © Christian BOUSQUET © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

Parmi les oeuvres exposées, le visiteur pourra apprécier plusieurs «outrenoirs» dont Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979 qui signe le tournant majeur dans la carrière de l’artiste.

IMG_4076.jpgPeinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979, Diptyque, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris, , Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Achat 1980 – Vue de l’exposition Soulages. Une Rétrospective, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse © Arteez 2018

Le terme «outrenoir» est un néologisme créée pour expliquer qu’à partir d’avril 1979, le noir fluide recouvre entièrement la surface. Le noir est travaillé pour refléter la lumière, elle-même traitée comme une matière.

Comme l’explique Soulages: “Le noir est antérieur à la lumière. Avant la lumière, le monde et les choses étaient dans la plus totale obscurité. Avec la lumière sont nées les couleurs. Le noir leur est antérieur ». Pierre Soulages, « Du noir à l’outrenoir » , Préface au Dictionnaire des mots et expressions de couleur : le noir d’Annie Mollard-Desfour, Paris, éd. CNRS, 2005

Différentes vues de l’exposition Soulages. Une Rétrospective, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse © Arteez 2018

Soulages a utilisé également le goudron. Ce matériau original, nouveau, laisse sur le verre une trace surprenante, mystérieuse. Soulages explique : « J’ai peint avec du goudron dilué au white-spirit sur des morceaux de verre provenant d’une serre. Ce qui me plaisait, c’était la viscosité et un peu les coulures, mais aussi l’opacité et la transparence et surtout la manière dont la lumière devenait beaucoup plus lumineuse et modulée, finalement, par opposition. Quand il y a une petite surface enserrée dans du sombre, elle paraît plus lumineuse et plus claire qu’une surface plus grande. C’est de la vie par le contraste. »

Goudron sur verre 45.5 x 45.5 cm.jpgGoudron sur verre 45,5 x 45,5, 1948-2, été 1948, Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris, photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. RMN-GP ©ADAGP, Paris © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

Le parcours chronologique de l’exposition met en évidence les recherches picturales et les différentes techniques que Soulages a explorées tout au long de sa carrière artistique ainsi que les étapes charnières de sa création.

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Photos illustrant l’exposition Soulages. Une Rétrospective, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse © Arteez 2018

L’oeuvre de Soulages représente plus de 1600 peintures et 600 papiers, gravures, lithographies. L’artiste est présent dans plus de 110 musées  ainsi que dans les plus grandes collections privées. Son oeuvre est un travail exigeant, une recherche continue que l’artiste ne cesse encore aujourd’hui de mener. A titre d’exemple, Peinture 159 x 202 cm, 20 août 2015 et Peinture 202 x 125 cm, 19 juin 2017, qui sont des œuvres inédites et récentes, rappellent qu’à partir de 2004, l’artiste a abandonné l’huile pour l’acrylique.

Peinture 202 x 125, 19 juin 2017Peinture 202 x 125 cm, 19 juin 2017, Acrylique sur toile, 202 x 125 cm, Collection particulière © DR © 2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

Comme l’expliquent Serge Lasvignes, Président du Centre Pompidou et Bernard Blistène, Directeur du Musée national d’art moderne: “Pierre Soulages est un maître, de ceux rares dans l’histoire de l’art et de la pensée. Un maître dont l’œuvre ne cesse de nous fasciner tant elle recèle, pour qui prend le temps de la contemplation, de puissance et de sensibilité, de profondeur et d’impétuosité.

© Vincent Cunillère  D4A9287.jpgPierre Soulages dans son atelier © Vincent Cunillère ©,2018, ProLitteris, Zurich, Service de presse / Fondation Pierre Gianadda

« L’intérêt pour moi d’une rétrospective, c’est voir dans un nouveau lieu et dans un certain ordre des œuvres que, souvent je n’ai pas revues depuis leur départ de l’atelier et qui n’ont jamais été montrées ensemble. Changées par ce nouveau contexte, elles sont nouvelles. »

Pierre Soulages
« Peinture, chose concrète », entretien avec Jean-Louis Andral,
Connaissance des Arts, avril 1996

 

La Rétrospective est à voir jusqu’au 25 novembre 2018.

Soulages. Une Rétrospective
Fondation Pierre Gianadda
Martigny, Suisse

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