L’Etat de surveillance selon Trevor Paglen

Trevor Paglen explore des thèmes aussi complexes que la surveillance de masse, l’intelligence artificielle et les futurs alternatifs

Après une rétrospective importante de Trevor Paglen au Smithsonian Amercian Art Museum de Washington DC, l’artiste américain a une actualité chargée en Europe pour cette rentrée 2019. Moins connu de ce côté de l’Atlantique, Trevor Paglen est représenté pour la première fois chez Pace Gallery à Genève avec une exposition intitulée The Shape of Clouds. Il sera également présent à l’espace The Curve du Barbican Center de Londres pour l’exposition From « Apple » to « Anomaly » et au Milan Osservatorio de la Fondation Prada aux côtés de Kate Crawford pour l’exposition Training Humans.

Titulaire d’un Master en Art de la School of the Art Institute de Chicago et d’un PhD de géographie de l’Université de Berkeley, Trevor Paglen peut être considéré comme un artiste/chercheur. Ses oeuvres nous offrent une réflexion sur les relations entre technologie, géopolitique, pouvoir et esthétique.

De façon conceptuelle et méthodique, il dénonce la surveillance de masse et les dérives de l’intelligence artificielle.

Documenter les « paysages de la surveillance »

Dans sa démarche artistique expérimentale, Trevor Paglen met en lumière les technologies qui menacent les libertés individuelles. Il va ainsi documenter les données collectées sur la terre, sous la mer et dans le ciel.

Paglen a commencé sa carrière en collectant des écussons portés par les Black Ops. Il a ensuite réalisé ses premières séries d’images en photographiant des sites de surveillance à travers les Etats-Unis.

Parmi ses nombreux projets, Paglen a étudié les images récoltées par des satellites-espions et des câbles internet au fond de l’océan et a produit des impressions de drones sur fond de nuages.

Trevor Paglen. CLOUD #865. Hough Circle Transform, 2019
Dye sublimation print. 60 x 48 in.
Copyright: Trevor Paglen. Courtesy of: the Artist and Pace Gallery 
Trevor Paglen . CLOUD #135. Hough Lines, 2019
Dye sublimation print. 48 x 65 in.
Copyright: Trevor Paglen. Courtesy of: the Artist and Pace Gallery

Les dérives de l’intelligence artificielle

Pour Trevor Paglen, l’intelligence artificielle est devenue omniprésente. « Nous vivons désormais dans des « villes intelligentes » qui suivent les plaques d’immatriculation, les signaux des téléphones portables, les visages et les mouvements de piétons. (…). Les usines robotisées utilisent la vision par ordinateur pour assurer la qualité et la logistique ».

Dans l’exposition Training Humans au Milan Osservatorio, Kate Crawford, chercheuse et professeure de technologies liées à l’intelligence artificielle, et Trevor Paglen posent deux questions fondamentales: comment les systèmes informatiques exploitent, classifient et utilisent ces données collectées et de quelle manière l’homme est représenté, interprété et codifié? Le duo souhaite ainsi mettre en lumière le fait que bon nombre de données utilisées par l’intelligence artificielle comportent des biais, des suppositions et des erreurs.

“Training Humans”, Osservatorio Fondazione Prada, Photo Marco Cappelletti

L’exposition From « Apple » to « Anomaly » présentée au Barbican Center prend comme point de départ la manière dont les réseaux d’intelligence artificielle apprennent à «voir» et à «percevoir» le monde. Ces recherches suggèrent que dans un futur proche, les machines seront capables de susciter des formes de jugement contre l’homme.

Orbital Reflector ou comment imaginer un futur alternatif

Une des préoccupations de Paglen est de développer les moyens d’imaginer un futur alternatif. L’artiste était au coeur de l’actualité en décembre dernier avec un ambitieux projet .

Pour l’artiste, « Orbital Reflector rend visible l’invisible et ravive notre imagination ».

Trevor Paglen, Orbital Reflector, rendering. Courtesy of Trevor Paglen and Nevada Museum of Art.

Ce nanosattelite a été envoyé en orbite par Space X le 3 décembre 2018 après 10 ans de développement. L’oeuvre, une fois déployée, était censée réfléchir la lumière du soleil et devenir ainsi « aussi lumineuse que la Grande Ourse ». Son positionnement devait être suivi sur un site internet et une application dédiés. L’oeuvre avait une durée de vie limitée car elle devait chuter dans l’atmosphère en se désintégrant au bout de plusieurs semaines.

L’oeuvre n’a finalement pas pu être déployée en orbite en raison de problèmes techniques liés au « Shutdown » (arrêt des activités gouvernementales aux Etats-Unis pendant les mois de décembre 2018 et janvier 2019). Bien que le projet n’ait pas connu une « fin heureuse », Trevor Paglen a ouvert le débat sur l’utilisation légitime de l’espace loin des considérations commerciales, militaires ou encore scientifiques. Une démarche purement artistique qui devrait ouvrir la voie à d’autres projets.

Trevor Paglen, Paglen Studio

The Shape of Clouds
Pace Gallery, Genève
du 4 septembre au 19 octobre 2019

From « Apple » to « anomaly »
Barbican, The Curve, London
du 26 septembre 2019 au 16 février 2020

Kate Crawford / Trevor Paglen: Training Humans
Milan Osservatorio, Galleria Vittorio Emanuele II, Milan
du 12 septembre 2019 au 24 février 2020

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