Ulla von Brandenburg investit le Palais de Tokyo

Nous vous avions présenté les aquarelles de Ulla von Brandenburg durant son exposition au Musée Jenisch de Vevey. L’artiste investit cette fois le Palais de Tokyo à Paris pour une exposition haute en couleur

Née en 1974 à Karlsruhe, Ulla von Brandenburg s’installe à Paris en 2005. L’artiste plasticienne joue de la diversité des supports et des médiums. Elle est notamment connue pour ses installations, ses films, ses aquarelles, ses peintures murales, ses collages ou encore les performances qu’elle met en scène. Son oeuvre est nourrie par le mouvement, le théâtre, la couleur, la musique ou encore le textile.

Ulla von Brandenburg, Das Was Ist, 2020
Vue de l’exposition « Le Milieu est bleu » d’Ulla von Brandenburg, Palais de Tokyo
Photo : Aurélien Mole

Comme l’exprime Ulla von Brandenburg, « Le tissu me permet de camoufler, de cacher, d’habiller le cube blanc du musée et par là de changer les systèmes de valeurs et les cadres de pensée. J’utilise des tissus pour créer des espaces dans lesquels on peut prétendre se trouver ailleurs, tomber pour ainsi dire dans d’autres mondes. (…) Dans un espace où sont suspendus des rideaux, la séparation entre intérieur et extérieur, ou entre différents mondes, devient floue. Et ce flou amène à se demander où l’on est. »

Ulla von Brandenburg, Das Was Ist, 2020
Vue de l’exposition « Le Milieu est bleu » d’Ulla von Brandenburg, Palais de Tokyo
Photo : Aurélien Mole

Pour son processus créatif, Ulla von Brandenburg s’inspire de littérature, d’architecture, de psychanalyse, de spiritisme mais également de magie. Elle emprunte aussi bien aux rituels ésotériques et aux cérémonies populaires qu’aux codes du théâtre pour explorer la construction de nos structures sociales.

L’installation au Palais de Tokyo

Pour le Palais de Tokyo, l’artiste a imaginé un projet évolutif. Intitulée « Le milieu est bleu » , l’exposition est divisée en cinq espaces colorés, délimités par des tissus. Conçue en avance avec l’aide de maquettes, l’installation offre aux visiteurs une véritable expérience immersive.

Ulla von Brandenburg, Das Was Ist, 2020
Vue de l’exposition « Le Milieu est bleu » d’Ulla von Brandenburg, Palais de Tokyo
Photo : Aurélien Mole

Sur un fond sonore crée par des « shrutis box », le visiteur est invité à explorer différents espaces dans lesquels des objets sont disposés comme des craies géantes, des nasses de poisson, des meules de foin, des rubans… « Ces rubans ont pour moi une signification assez forte car c’est un lien entre notre monde et un monde ailleurs. Avec ces rubans, les performeurs vont former des signes, des lettres ou des mots sur le sol. »

Un des espaces imaginé pour l’exposition prend la forme d’un labyrinthe composé de tissus sur lesquels sont projetés des vidéos. Les acteurs de ces films sont des objets qui coulent au fond de l’eau. « Ces objets disparaîssent dans le noir, dans l’infini, comme nous qui allons disparaître aussi. » Parmi ces objets, l’artiste joue aussi avec l’idée du miroir qui, face caméra, reflète l’envers du décor donnant ainsi les clés de la réalisation de cette oeuvre contemplative.

A travers ses installations ou ses films, l’artiste cherche à créer des nouveaux monde dans lesquels l’espace et le temps sont comme suspendus.

Ulla von Brandenburg, Das Was Ist, 2020
Vue de l’exposition « Le Milieu est bleu » d’Ulla von Brandenburg, Palais de Tokyo
Photo : Aurélien Mole

Film « Le milieu est bleu »

A travers ses films , Ulla von Brandenburg entraîne le visiteur dans un nouveau décor. Dans « Le milieu est bleu » , l’artiste se questionne sur le concept de communauté: « Le peuple en soi n’existe pas. Je crois qu’on est tous assez seuls aujourd’hui. Autour de quoi les groupes existent-ils ? Existe-t-il d’autres possibilités de vie?« 

Avec ce film tourné en pellicule couleur, le visiteur est plongé au coeur du Théâtre du Peuple de Bussang, un théâtre érigé à flanc de montagne dans les Vosges à la fin du XIXe siècle. Dans ce lieu, l’artiste fait évoluer ses performeurs sur un texte chanté inspiré par la pièce Le Poisson des grands fonds (Der Tiefseefisch, 1930) de Marieluise Fleisser (1901-1974). Ils interprètent une « micro-société, comme s’il s’agissait de la dernière de son espèce » , une communauté vivant coupée de l’extérieur, avec sa propre économie, ses règles et ses valeurs. Leur quotidien est soudainement interrompu lorsqu’un de ses membres brise le rituel et ouvre les portes du décor.

Ulla von Brandenburg
Le milieu est bleu, 2020
Film super 16 mm, transféré sur vidéo HD, couleur, son, 23’43″
Courtesy de l’artiste et Art : Concept (Paris) ; Meyer Riegger (Berlin/Karlsruhe) ; Pilar Corrias Gallery (London) ; Produzentengalerie Hamburg

Expositions, collections et marché

Le travail de Ulla von Brandenburg a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, comme au MRAC à Sérignan (2019), à la Whitechapel Gallery à Londres (2018), au Musée Jenisch Vevey en Suisse (2018), au Kunstmuseum de Bonn (2018), au Perez Art Museum de Miami (2016) ou encore au Contemporary Art Museum de Saint Louis (2016).

Ses œuvres font partie de collections prestigieuses comme celle de la Tate Modern à Londres, du Mamco à Genève, du Centre Pompidou à Paris ou du Mudam à Luxembourg.

Son travail est représenté par la galerie Art:Concept à Paris, la galerie Pilar Corrias à Londres, la Produzentengalerie à Hambourg et la galerie Meyer Riegger à Karlsruhe.

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A lire aussi « Ulla von Brandenburg ‘A Color Notation’ au Musée Jenisch » (article en anglais).

« Ulla von Brandenburg, Le milieu est bleu »
Palais de Tokyo, Paris
Exposition prolongée jusqu’au 13 septembre 2020
www.palaisdetokyo.com

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