Vik Muniz « trompe l’oeil »

A travers ses images, l’artiste s’interroge sur la nature du regard et le rôle de la photographie.

Je pense à l’image comme langage. Je suis toujours à la recherche de cette sémantique visuelle.

Vik Muniz

Nous avions rencontré le célèbre artiste brésilien Vik Muniz à l’occasion d’une exposition éphémère organisée par le Musée de l’Elysée de Lausanne et la Galerie Xippas de Genève. Retour sur 30 années de création artistique.

Un peintre, sculpteur, photographe, et théoricien

Vik Muniz est né dans une famille modeste de São Paulo en 1961. Il découvre l’art à travers les livres qu’il emprunte à la bibliothèque ou dans son lycée. Il quitte le Brésil et s’installe à New York en 1986. Il commence sa carrière en tant que sculpteur – ses premières œuvres sont des « Trompe l’œil ». En 1988, il dessine les images d’un livre qu’il a égaré: « The Best of Life », puis les photographie. A partir de cette série, Vik Muniz va se consacrer exclusivement à la photographique.

L’artiste brésilien se fait mondialement connaître en 1997 avec sa série Pictures of Chocolate puis en 2006 avec sa série Pictures of Junk.

WWW (World Map), Pictures of Junk, 2008, Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

Un « illusionniste low-tech »

Vik Muniz pose la question de l’illusion des images et se définit lui-même comme un illusionniste low-tech. Le photographe travaille à partir de matériaux aussi inattendus qu’improbables tels que du chocolat, du sucre, du ketchup, de la poussière ou de la terre, des poudres de pigment, différents types de fils, des déchets et autres papiers déchirés.

A partir de ces matériaux, il va reconstituer des paysages, des portraits, des scènes de vie ou encore réinterpréter des peintures de Leonardo Da Vinci, Monet, Klimt, Matisse, Malevitch, Gauguin, Munch, Klein ou encore Rothko. L’artiste va ensuite immortaliser cette image en la photographiant. Ce qui intéresse l’artiste, c’est l’image. Ainsi, pour que la photographie soit le seul témoin de ses créations, Vik Muniz va détruire ses compositions.

Double Mona Lisa (Peanut + Jelly) 1999. Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

Comme nous l’explique Vik Muniz: « depuis 30 ans, j’essaie de créer une cartographie de la représentation. Certaines images sont microscopiques, certaines photos sont prises depuis un hélicoptère, certaines prennent 3 minutes à être réalisées, d’autres, plusieurs semaines. Le changement d’échelle et de matériel, c’est juste différentes façons de faire une image ».

Vik Muniz et l’importance du temps

L’artiste aime donner son interprétation du passé. Il reproduit des images qui appartiennent à notre mémoire visuelle, qu’elles viennent de l’histoire de l’art ou qu’elles soient issues de la culture populaire.

Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

Or le présent est tout aussi important: « l’acte photographique est l’importance du momentDans mes images, il faut qu’il y ait un rapport avec le présent. Certaines ont été faites avec des magazines. C’est le reflet de ce que l’on voit à un instant T. » 

Détail de Sick Bacchus, after Caravaggio (Picture of Magazine 2), 2011. Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

L’artiste invite le spectateur à prendre le temps de visionner ses images, de décomposer ses compositions, de s’attarder aux petits détails, d’entrer dans ses oeuvres. « La moitié du travail, c’est le spectateur qui le fait. »

Vik Muniz – le portraitiste

Comme nous l’explique Vik Muniz: « Le portrait est quelque chose qui m’attire beaucoup. Quand on fait une image pour une galerie ou un musée, on la fait pour tout le monde. Quand on fait un portrait, on le fait pour une personne. La dynamique de faire un portrait est différente. C’est mettre l’artiste en retrait et cela me permet de connaître les gens. » 

L’artiste va ainsi à la rencontre de ses sujets pour raconter des histoires. Pour la série « Sugar Children », Vik Muniz est parti aux Antilles à la rencontre d’enfants dont les parents ont travaillé dans l’industrie sucrière. L’artiste a passé beaucoup de temps avec ces enfants pour apprendre à les connaître avant de faire leurs portraits. Comme on peut le lire dans les titres des oeuvres, l’artiste s’est attaché à raconter un détail personnel de ces enfants : «Jacynthe aime le jus d’orange» , «Valicia se baigne avec ses habits du dimanche», «Le collier d’herbes de TenTen» ou encore «Le petit Calist ne sait pas nager». Pour réaliser ces portraits, l’artiste a « simplement » saupoudrer du sucre sur du papier noir.

LU Calist Can’t swim (Sugar Children Series), 1996 & Jacynthe Loves Orange Juice (Sugar Children Series, 1996. Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

Avec la série « Album », l’artiste met l’accent sur la nostalgie et s’invente un album de famille. Il se sert ici de photographies personnelles qu’il collectionne depuis des années pour nous raconter des histoires intimes et universelles. Pour l’artiste, cette série est « emblématique de mon rapport personnel à la photographie. Je suis né dans une famille pauvre sans appareil à la maison. Je n’ai que neuf photographies de mon enfance, grâce à ma tante de Miami qui prenait des photographies qu’elle rapportait l’année suivante. »

Détail de Vik, 2 years old, (Album), 2014. Exposition éphémère, Vik Muniz, Musée de l’Elysée et Chancellerie de Lausanne, en collaboration avec la Galerie Xippas, Genève 2019 © ARTEEZ

Vik Muniz x Ruinart

Chaque année, la maison de champagne Ruinart donne carte blanche à un artiste ou un designer pour donner sa vision du terroir et du savoir-faire Ruinart. En 2019, Vik Muniz a créé une série de six œuvres photographiques inspirées par les vignerons et les vignobles. L’artiste a utilisé des éléments organiques comme des morceaux de bois calcinés, du charbon ou des feuilles de chardonnay. Pour rappel, les collaborations artistitiques précédentes ont fait intervenir Liu Bolin, Jaume Plensa ou encore Erwin Olaf.

Vik Muniz X Ruinart, 2019 © ARTEEZ

Au cours de sa carrière, de nombreuses expositions personnelles internationales lui sont consacrées à travers le monde. A noter également qu’en 2001, Vik Muniz représentait le Brésil pour la 49ème Biennale de Venise avec les « Pictures of Color » et les « Pictures of Air ».

L’artiste est entré dans de nombreuses collections privées et publiques comme le Centre Pompidou de Paris, le Daros Latinamerica de Zürich, le Guggenheim de New York, le Museu de Arte Moderna de Sao Paulo ou encore de la Tate Gallery de London.

Vik Muniz devant Picking Flowers in a Field, after Mary Cassatt, Pictures of Magazine 2), 2012, Septembre 2019, Lausanne © ARTEEZ

Vik Muniz est representé par les galeries Xippas à Paris, Genève, Montevideo, Punta Del Este et Bruxelles.

Toute reproduction interdite
© http://www.arteez.ch 2020